mardi 27 septembre 2011

... la vue étant le plus universel...


Dernièrement, je montais son escalier, je m’aperçois que le rideau d’une porte vitrée, soigneusement fermé d’ordinaire, laissait passer un petit jour sur le côté. Je ne sais comment j’eus la curiosité d’y appliquer l’œil. Une femme d’une taille élancée, et de la plus admirable conformation, vêtue magnifiquement, était assise dans cette chambre devant une petite table, sur laquelle elle appuyait ses deux bras, les mains croisées. Elle était placée vis-à-vis la porte, et je pus contempler l’angélique beauté de son visage. Mais elle, tournée vers moi, semblait ne pas me voir, ou plutôt ses yeux avaient je ne sais quel regard fixe, comme dénué, pour ainsi dire, d’aucune puissance de vision. Elle me faisait l’effet d’une personne qui dormirait les yeux ouverts. Je me sentis tout troublé, et je me glissai silencieusement dans la salle du cours, voisine de cet endroit.
Il n'y a point de doute que les inventions qui servent à augmenter sa puissance ne soient des plus utiles qui puissent être. Et il est malaisé d'en trouver aucune qui l'augmente davantage que celle de ces merveilleuses lunettes qui, n'étant en usage que depuis peu, nous ont déjà découvert de nouveaux astres dans le ciel, et d'autres nouveaux objets dessus la terre, en plus grand nombre que ne sont ceux que nous y avions vus auparavant : en sorte que, portant notre vue beaucoup plus loin que n'avait coutume d'aller l'imagination de nos pères, elles semblent nous avoir ouvert le chemin, pour parvenir à une connaissance de la Nature beaucoup plus grande et plus parfaite qu'ils ne l'ont eue.
« Eh bien donc ! eh bien, des lounettes, — des lounettes pour mettre sul naso, voilà mes yeux à moi, — belli occhi, Signor ! » Et il sortait lunettes sur lunettes, si bien que toute la table commença à rayonner et à scintiller d’une singulière façon. Nathanael voyait des milliers d’yeux croiser sur lui leurs regards et s’agiter convulsivement, mais sans pouvoir détourner sa vue de cet aspect ; et Coppola déposait toujours plus de lunettes sur la table, et de nouveaux yeux étincelants lançaient des éclairs de plus en plus redoutables sur Nathanael, qui sentait leurs rayons d’un rouge de sang pénétrer ardemment dans sa poitrine. Excédé de cette terreur insensée, il s’écria : « Arrête ! arrête, homme enragé ! » — Il saisit en même temps par le bras Coppola, qui portait de nouveau la main à ses poches pour en sortir encore d’autres lunettes, quoique la table en fût déjà toute couverte. Coppola dégagea doucement son bras avec un rire sourd et déplaisant, et dit : « Ah ! — rien pour vous ? — ma ici souperbes verres ! » — Il avait ramassé et empoché toutes ses lunettes, et il tira de la poche latérale de son habit force lorgnettes de toutes les dimensions.
Il y a environ trente ans, qu'un nommé Jacques Metius , de la ville d'Alcmar en Hollande, homme qui n'avait jamais étudié, bien qu'il eût un père et un frère qui ont fait profession des mathématiques, mais qui prenait particulière­ment plaisir à faire des miroirs et verres brûlants, en composant même l'hiver avec de la glace, ainsi que l'expérience a montré qu'on en peut faire, ayant à cette occasion plusieurs verres de diverses formes, s'avisa par bonheur de regarder au travers de deux, dont l'un était un peu plus épais au milieu qu'aux extrémités, et l'autre au con­traire beaucoup plus épais aux extrémités qu'au milieu, et il les appliqua si heureusement aux deux bouts d'un tuyau, que la première des lunettes dont nous parlons, en fut composée. Et c'est seulement sur ce patron que toutes les autres qu'on a vues depuis ont été faites, sans que personne encore, que je sache, ait suffisamment déterminé les figures que ces verres doivent avoir.
Dès que les lunettes eurent disparu, Nathanael redevint tout-à-fait calme, et en pensant à Clara, il vit bien que cette illusion de sorcellerie n’avait de fondement que dans son esprit, et que Coppola ne pouvait être qu’un simple mécanicien, un honnête opticien, et nullement un odieux fantôme ni le ménechme de Coppelius. D’ailleurs tous les verres que Coppola venait d’étaler de nouveau sur la table n’offraient rien d’extraordinaire ni aucune fascination diabolique comparable à celle des lunettes. Aussi Nathanael résolut, par forme de réparation, d’acheter effectivement quelque chose à Coppola. Il prit une petite lorgnette de poche très-artistement travaillée, et alla pour l’essayer à la fenêtre. De sa vie, il n’avait encore rencontré un verre qui rapprochât et peignit aux yeux les objets avec autant de netteté, de précision et de justesse. Il regarda par hasard dans la chambre de Spallanzani : Olympie était assise comme à l’ordinaire devant la petite table, les bras appuyés dessus et les mains croisées. Nathanael vit alors pour la première fois l’admirable régularité des traits d’Olympie ; ses yeux seulement paraissaient étrangement fixes et inanimés. Mais à force de regarder attentivement à travers la lorgnette, il lui sembla voir comme d’humides rayons lunaires se réfléchir dans les yeux d’Olympie, et la puissance visuelle s’y introduire par degrés, et le feu de ses regards devenir de plus en plus ardent et vivace. Nathanael était retenu à la fenêtre comme ensorcelé, et ne pouvait se lasser de contempler la céleste beauté d’Olympie.
Car, bien qu'il y ait eu depuis quantité de bons esprits, qui ont fort cultivé cette matière, et ont trouvé à son occasion plusieurs choses en l'Optique, qui valent mieux que ce que nous en avaient laissé les anciens, toutefois, à cause que les inventions un peu malaisées n'arrivent pas à leur dernier degré de perfection du premier coup, il est encore demeuré assez de difficultés en celle-ci, pour me donner sujet d'en écrire. Et d'autant que l'exécution des choses que je dirai doit dépendre de l'industrie des artisans, qui pour l'ordinaire n'ont point étudié, je tâcherai de me rendre intelligible à tout le monde, et de ne rien omettre, ni supposer, qu'on doive avoir appris des autres sciences.
Le rideau de la chambre fatale était soigneusement tiré. Nathanael ne put entrevoir Olympie ni de cet endroit, ni même de sa fenêtre, deux jours durant, quoiqu’il s’absentât à peine et qu’il eut continuellement l’œil appliqué à la lorgnette de Coppola. Le troisième jour on mit des rideaux aux croisées. — Absolument désespéré, dévoré d’ardeur et de désirs, Nathanael s’enfuit hors de la porte de la ville. L’image d’Olympie flottait devant lui dans les airs, elle surgissait du buisson, elle frappait ses yeux dans le miroir du ruisseau et le poursuivait partout de regards étincelants. Le souvenir de Clara était complètement effacé dans son esprit. Il ne pensait à rien qu’à Olympie, il allait se plaignant à haute voix et d’un ton langoureux : « Ô toi ! ma sublime étoile d’amour ! ne m’as-tu donc apparu que pour t’éclipser aussitôt et me laisser perdu sans espérance dans d’épaisses ténèbres ! »

ses yeux transparents...



Ses yeux transparents me jettent de doux regards // tu pourrais voir par tes yeux  // vous avez sommeil, et vous ne pouvez tenir les yeux ouverts // alors il jette de grosses poignées de sable dans leurs yeux, qui sortent tout sanglants de la tête // des becs crochus avec lesquels ils mangent les yeux aux petits enfants qui ne sont pas sages // mais pénétrer le secret par moi-même, voir de mes yeux le mystérieux homme au sable // un spectre menaçant // des sourcils gris très-épais sous lesquels brillent deux yeux de chat // les larmes aux yeux // je ne voyais plus cet épouvantail du conte de la nourrice arrachant aux enfants leurs yeux pour la becquée de son nid de hiboux dans la lune // je croyais à tout moment distinguer des visages humains, mais dépourvus d’yeux  // Des yeux ici, des yeux ! // À présent nous avons des yeux, — des yeux ! — une belle paire d’yeux d’enfant ! // du milieu des flammes des charbons ardents qu’il voulait me jeter sur les yeux // laisse les yeux de mon Nathanael // que ce marmot garde ses yeux pour pleurer son pensum dans ce bas monde // Les larmes jaillirent des yeux de ma mère // devant moi avec des yeux étincelants //

mardi 20 septembre 2011

La Reine des Neiges-(la règle)


Nous pourrions jouer à un jeu  le jeu des histoires  raconter une histoire des histoires les lier les mêler intervenir glisser laisser glisser du son des sens raconter une histoire mais une histoire connue  comme elle te vient comme tu t’en souviens une histoire que l’on connaît tous et toutes une histoire dans laquelle tu te racontes aussi une histoire dans laquelle tu mets des traces de toi de ta vie de tes envies du genre à donner du travail aux chercheurs plus tard qui se demanderont ce qui est vrai ce qui ne l’est pas du genre à permettre aux chercheurs de fouiller dans tes affaires personnelles pour expliquer ce que tu as raconté pourquoi tu l’as raconté et en tirer de grandes conclusion comme tout cela vient de tes complexes d’enfant tu voulais épouser maman et tu voulais tuer papa et c’est pour ça que tu aimes tellement cette histoire que tu t’y glisses si facilement qu’elle t’obsède que tu l’obsèdes aussi l’histoire car tout est affaire de réciprocité l’un ne va pas sans l’autre l’un va avec l’autre obsessions partagées alors partage là aussi ton obsession avec ceux qui vont écouter ton histoire cette histoire dans laquelle tu te glisses si bien qui est peut-être aussi un peu la tienne en déformée en autre comme passé au crible de la fiction tu racontes une histoire c’est le jeu qui n’est pas ta vie mais dans laquelle tu repères des éléments qui auraient pu être ta vie qui ressemblent à ta vie et tu les signales tu les tritures et alors on ne sait plus si c’est ta vie qui donne l’histoire ou si c’est l’histoire qui donne l’histoire si cette histoire racontée est ta vie ou pas si ta vie est une histoire si toute histoire est une vie on ne sait pas on ne sait plus mais on écoute on se laisse nous aussi aller dans cette histoire cette histoire dans laquelle tu t’es glissée cette histoire que l’on pensait connaître que l’on reconnaît mais qui soudain est possédée par toi toi qui racontes ce que je veux dire c’est que l’on ne sait plus on ne doit plus savoir de l’histoire ou de toi de toi ou de l’histoire ça se confond ça se mélange c’est indiscernable tu vois le genre …

lundi 19 septembre 2011

La Reine des Neiges-2


DEUXIEME HISTOIRE
UN PETIT GARÇON ET UNE PETITE FILLE


Nous habitons dans une grande ville, où il y a tant de maisons et tant de monde qu'il ne reste pas assez de place pour que chaque famille puisse avoir son petit jardin. Nous sommes pauvres, nous sommes deux enfants, nous sommes deux enfants pauvres, mais nous avons un petit jardin. Nous ne sommes pas frère et sœur, mais nous nous aimons autant que si nous l’étions. Nos parents habitent juste en face les uns des autres, là où le toit d'une maison touchait presque le toit de l'autre, séparés seulement par les gouttières. Une petite fenêtre s'ouvre dans chaque maison, il suffit d'enjamber les gouttières pour passer d'un logement à l'autre. Les familles ont chacune devant sa fenêtre une grande caisse où poussent des herbes potagères dont elles se servent dans la cuisine, et dans chaque caisse pousse aussi un rosier qui se développe admirablement. Un jour, nos parents ont l'idée de placer les caisses en travers des gouttières de sorte qu'elles se rejoignent presque d'une fenêtre à l'autre et forment un jardin miniature. Les tiges de pois pendent autour des caisses et les branches des rosiers grimpent autour des fenêtres, se penchent les unes vers les autres, un vrai petit arc de triomphe de verdure et de fleurs. Comme les caisses sont placées très haut, nous savons que nous n'avons pas le droit d'y grimper seuls, mais on nous permet souvent d'aller l'un vers l'autre, de s'asseoir chacun sur notre petit tabouret sous les roses, et nous ne jouons nulle part mieux que là. L'hiver, ce plaisir-là est fini. Les vitres sont couvertes de givre, mais alors nous faisons chauffer sur le poêle une pièce de cuivre et la plaçons un instant sur la vitre gelée. Il se forme un petit trou tout rond à travers lequel épie à chaque fenêtre un petit œil très doux, le mien d’un côté, celui de mon amie de l'autre. Je m'appelle Kay et elle s’appelle Gerda. L'été, nous pouvons d'un bond venir l'un chez l'autre ; l'hiver il faut d'abord descendre les nombreux étages d'un côté et les remonter ensuite de l'autre. Dehors, la neige tourbillonne.
— Ce sont les abeilles blanches qui papillonnent, dit la grand-mère.
— Est-ce qu'elles ont aussi une reine ? je demande.
— Mais bien sûr, dit grand-mère. Elle vole là où les abeilles sont les plus serrées, c'est la plus grande de toutes et elle ne reste jamais sur la terre, elle remonte dans les nuages noirs.
— Nous avons vu ça bien souvent, nous disons.
Et ainsi ils surent que c'était vrai.
—  Est-ce que la Reine des Neiges peut entrer ici ? demande ma petite amie.
—   Elle n'a qu'à venir, je dis, je la mettrai sur le poêle brûlant et elle fondra aussitôt.
Le soir, à moitié déshabillé, je grimpe sur une chaise près de la fenêtre et regarde par le trou d'observation. Quelques flocons de neige tombent au-dehors et l'un de ceux-ci, le plus grand, atterrit sur le rebord d'une des caisses de fleurs. Ce flocon grandit peu à peu et finit par devenir une dame vêtue du plus fin voile blanc fait de millions de flocons en forme d'étoiles. Elle est belle, si belle, faite de glace aveuglante et scintillante et cependant vivante. Ses yeux étincellent comme deux étoiles, mais il n'y a en eux ni calme ni repos. Elle fait vers la fenêtre un signe de la tête et de la main. Tout effrayé, je saute à bas de la chaise, il me semble alors qu'un grand oiseau, au- dehors, passait en plein vol devant la fenêtre. Le lendemain est un jour de froid clair, puis vient le dégel et le printemps.
Cet été-là les roses fleurissent magnifiquement, Gerda a appris un psaume où l'on parle des roses, cela lui fait penser à ses propres roses et elle me chante cet air, et je chante avec elle :
Les roses poussent dans les vallées où l'enfant Jésus vient nous parler.
Nous nous tenons par la main, nous baisons les roses, admirons les clairs rayons du soleil de Dieu et leur parlons comme si Jésus était là. Quels beaux jours d'été où il est si agréable d'être dehors sous les frais rosiers qui semblent ne vouloir jamais cesser de donner des fleurs ! nous sommes assis à regarder le livre d'images plein de bêtes et d'oiseaux - l'horloge sonne cinq heures à la tour de l'église - quand brusquement je m'écrie :
— Aïe, quelque chose m'a piqué au cœur et une poussière m'est entrée dans l'œil.
Mon amie me prend par le cou, regarde dans mon œil, je cligne des yeux, non, on ne voit rien.
— Je crois que c'est parti, je dis.
Mais ce ne l'est pas du tout ! C'est un de ces éclats du miroir ensorcelé dont nous nous souvenons, cet affreux miroir qui fait que tout ce qui est grand et beau, réfléchi en lui, devient petit et laid, tandis que le mal et le vil, le défaut de la moindre chose prenne une importance et une netteté accrues.
Le pauvre Kay a aussi reçu un éclat juste dans le cœur qui sera bientôt froid comme un bloc de glace. Il ne sent aucune douleur, mais le mal est fait.
— Pourquoi pleures-tu ? je crie, tu es laide quand tu pleures, est-ce que je me plains de quelque chose ? Oh! cette rose est dévorée par un ver et regarde celle-là qui pousse tout
de travers, au fond ces roses sont très laides.
Je donne des coups de pied dans la caisse et arrache les roses. - Kay, qu'est-ce que tu fais ? crie mon amie. Et lorsque je vois son effroi, j’arrache encore une rose et rentre vite par sa fenêtre, et je laisse là la charmante petite Gerda, ma charmante amie.
Quand par la suite elle apporte le livre d'images, je déclare qu'il est tout juste bon pour les bébés et si grand-mère gentiment raconte des histoires, j’ai toujours à redire, parfois je marche derrière elle, mets des lunettes et imite, à la perfection du reste, sa manière de parler ; les gens en rient.
Bientôt je commence à parler et à marcher comme tous les gens de sa rue pour me moquer d'eux.
On se met à dire : « Il est intelligent ce garçon-là ! » Mais c'est la poussière du miroir qu'il a reçue dans l'œil, l'éclat qui s'est fiché dans son cœur qui sont la cause de sa transformation et de ce qu'il taquine la petite Gerda, sa petite amie, laquelle l'aime de toute son âme.
Nos jeux changent complètement, ils deviennent beaucoup plus réfléchis. Un jour d'hiver, comme la neige tourbillonne au-dehors, j’apporte une grande loupe, étale sa veste bleue et laissa la neige tomber dessus.
— Regarde dans la loupe, Gerda, je dis.
Chaque flocon devient immense et ressemble à une fleur splendide ou à une étoile à dix côtés. - Comme c'est curieux, bien plus intéressant qu'une véritable fleur, ici il n'y a aucun défaut, ce seraient des fleurs parfaites - si elles ne fondaient pas.
Peu après j’arrive portant de gros gants, j’ai mon traîneau sur le dos, je crie aux oreilles de Gerda :
— J'ai la permission de faire du traîneau sur la grande place où les autres jouent ! Et me voilà parti.
Sur la place, les garçons les plus hardis attachent souvent leur traîneau à la voiture d'un paysan et se font ainsi traîner un bon bout de chemin. C'est très amusant. Au milieu du jeu ce jour-là arrive un grand traîneau peint en blanc dans lequel est assise une personne enveloppée d'un manteau de fourrure blanc avec un bonnet blanc également. Ce traîneau fait deux fois le tour de la place et je peux y accrocher rapidement mon petit traîneau.
Dans la rue suivante, nous allons de plus en plus vite. La personne qui conduit tourne la tête, me fait un signe amical comme si elle me connait. Chaque fois que je veux détacher mon petit traîneau, cette personne me fait un signe je n’ose plus bouger ; nous sommes bientôt aux portes de la ville, nous les dépassons même. Alors la neige se met à tomber si fort que je ne vois plus rien devant moi, dans cette course folle, je saisis la corde qui m'attache au grand traîneau pour me dégager, mais rien n'y fait. Mon petit traîneau est solidement fixé et mène un train d'enfer derrière le grand. Alors je me mets à crier très fort mais personne ne m'entent, la neige me cingle, le traîneau vole, parfois il fait un bond comme s'il saute par-dessus des fossés et des mottes de terre. Je suis épouvanté, je  veux dire ma prière et seule ma table de multiplication me vient à l'esprit.
Les flocons de neige deviennent de plus en plus grands, à la fin on dirait de véritables maisons blanches ; le grand traîneau fait un écart puis s'arrête et la personne qui le conduit se lève, son manteau et son bonnet ne sont faits que de neige et elle est une dame si grande et si mince, étincelante : la Reine des Neiges.
­— Nous en avons fait du chemin, dit-elle, mais tu es glacé, viens dans ma peau d'ours.
Elle me prend près d'elle dans le grand traîneau, m'enveloppe du manteau. Il me semble tomber dans des gouffres de neige.- As-tu encore froid ? demanda-t-elle en m'embrassant sur le front.  Son baiser est plus glacé que la glace et me pénètre jusqu'au cœur déjà à demi glacé. Je crois mourir, un instant seulement, après je me sens bien, je ne remarque plus le froid.  «Mon traîneau, n'oublie pas mon traîneau.» C'est la dernière chose dont je me souviens.

Le traîneau est attaché à une poule blanche qui vole derrière eux en le portant sur son dos. La Reine des Neiges pose encore une fois un baiser sur mon front, alors je sombre dans l'oubli total, j’ai oublié Gerda, ma grand-mère et tout le monde à la maison.
— Tu n'auras pas d'autre baiser, dit-elle, car tu en mourrais.
Je la regarde. Qu'elle est belle, je ne peux  m'imaginer visage plus intelligent, plus charmant, elle ne me semble plus du tout de glace comme le jour où je l'ai aperçue de la fenêtre et où elle m’a fait des signes d'amitié ! A mes yeux elle est aujourd'hui la perfection, je n'ai plus du tout peur, je lui raconte que je sais calculer de tête, même avec des chiffres décimaux, que je connais la superficie du pays et le nombre de ses habitants. Elle me sourit ... Alors il me semble que je ne sais au fond que peu de chose et mes yeux s'élèvent vers l'immensité de l'espace. La reine m'entraîne de plus en plus haut. Nous volons par-dessus les forêts et les océans, les jardins et les pays. Au-dessous de nous le vent glacé siffle, les loups hurlent, la neige étincèle, les corbeaux croassent, mais tout en haut brille la lune, si grande et si claire.
Au matin, je dors aux pieds de la Reine des Neiges.

mardi 13 septembre 2011

La Reine des Neiges-1


Tu es si beau pour moi à la lueur de la neige
Je te choisis pour l’élu de mon cœur,
Viens, suis-moi bien haut sur mon île flottante,
Par-dessus mont et mer

Mais c’est qui cette putain de Reine des Neiges ?


PREMIERE HISTOIRE
QUI TRAITE D'UN MIROIR ET DE SES MORCEAUX
Voilà ! Nous commençons. Nous commençons et nous avançons.
Voilà ! On commence. Ou plutôt ça commence. Comme dans un film sur écran blanc. Projection. À l’heure. Ça commence à l’heure. Nous commençons à l’heure. C’est parti. En avant. À la fin on en saura plus qu’au début. Si on relit, si on revoit, on saura alors la fin, déjà, avant. Mais là on commence, et le diable seul sait la fin. Le diable seul peut nous donner la fin. Le diable sera là à la fin et nous regardera avec un petit sourire sarcastique. Car lui, il sait comment tout va terminer, comment tout va se terminer. Car lui, seul, sait comment ça va se terminer.
L’histoire va se déployer, va se dérouler, pour vous, devant vos yeux. Et lorsque nous serons à la fin de l'histoire, nous en saurons plus que maintenant. Maintenant que nous sommes au début de l’histoire, qu’elle n’a pas encore commencé, l’histoire, c’est juste un prologue, histoire de retarder un peu l’histoire. Une histoire qui ne commence pas avec n’importe qui d’ailleurs, une histoire qui commence avec un personnage hors du commun, un vrai personnage singulier : un sorcier, un vrai, un troll, un diable, le «Diable» en personne. Celui qui sait la fin, la fin de l’histoire et qui rit et de se voir si beau en ce miroir, et d’en savoir la fin, de l’histoire.

Un jour, le diable, le sorcier, le troll, lui même, en personne, était de fort bonne humeur : il avait fabriqué un miroir dont la particularité était que le Bien et le Beau en se réfléchissant en lui se réduisaient à presque rien, mais que tout ce qui ne valait rien, tout ce qui était mauvais, apparaissait nettement et empirait encore. Les plus beaux paysages y devenaient des épinards cuits (je dis épinards cuits, mais on peut penser à un autre légume, qui cuit, n’est pas beau – et je dis aussi épinards, car je pense à  mon frère qui n'aime pas les épinards et c'est heureux pour mon frère, car s'il les aimait, il en mangerait et il ne peut pas les supporter, il est de nature studieuse ). Les plus jolies personnes y semblaient laides à faire peur, ou bien elles se tenaient sur la tête et n'avaient pas de ventre, les visages étaient si déformés qu'ils n'étaient pas reconnaissables, et si l'on avait une tache de rousseur (ou un bouton ou une verrue ou un furoncle), c'est toute la figure (le nez, la bouche) qui était criblée de son, (ou de boutons, de verrues, de furoncles). Le diable, le sorcier, le troll trouvait ça très amusant. Lorsqu'une pensée bonne et pieuse passait dans le cerveau d'un homme, la glace ricanait et le diable, le sorcier, le troll riait de sa prodigieuse invention. Il riait à en perdre haleine – malodorante, disait-on. Tous ceux qui allaient à l'école des sorciers, des diables, des trolls - car il avait créé une école de sorciers, de diables, de trolls - racontaient à la ronde que c'est un miracle qu'il avait accompli là. Pour la première fois, disaient-ils, on voyait comment la terre et les êtres humains sont réellement. Ils couraient de tous côtés avec leur miroir et bientôt il n'y eut pas un pays, pas une personne qui n'eussent été déformés là-dedans. Alors, ces apprentis sorciers, diables, trolls voulurent voler vers le ciel lui-même, pour se moquer aussi des anges et de Notre-Seigneur. Plus ils volaient haut avec le miroir, plus ils ricanaient. C'est à peine s'ils pouvaient le tenir et ils volaient de plus en plus haut, de plus en plus près de Dieu et des anges, alors le miroir se mit à trembler si fort dans leurs mains qu'il leur échappa et tomba dans une chute vertigineuse sur la terre où il se brisa en mille morceaux, que dis-je, en des millions, des milliards, des milliards de milliards de morceaux, et alors, ce miroir devint encore plus dangereux qu'auparavant. Les morceaux n'étant pas plus grands qu'un grain de sable voltigeaient à travers le monde et si par malheur quelqu'un les recevait dans l'œil, le pauvre accidenté voyait les choses tout de travers ou bien ne voyait que ce qu'il y avait de mauvais en chaque chose, le plus petit morceau du miroir ayant conservé le même pouvoir que le miroir tout entier. Quelques personnes eurent même la malchance qu'un petit éclat leur sautât dans le cœur et, alors, c'était affreux : leur cœur devenait un bloc de glace. D'autres morceaux étaient, au contraire, si grands qu'on les employait pour faire des vitres, et il n'était pas bon dans ce cas de regarder ses amis à travers elles. D'autres petits bouts servirent à faire des lunettes, alors tout allait encore plus mal. Si quelqu'un les mettait pour bien voir et juger d'une chose en toute équité, le Malin riait à s'en faire éclater le ventre, ce qui le chatouillait agréablement.
Mais ce n'était pas fini comme ça. Dans l'air volaient encore quelques parcelles du miroir !
Ecoutez plutôt. – ceci va être l’autre histoire. Ce n’était qu’un prologue, un préambule, un début, rien de plus.

lundi 25 juillet 2011

introduction


On raconte qu’il a été chef de rayon chez Bloomingdale. Mais c’était une rumeur. On raconte qu’il est en train d’écrire sous le nom de plume de Thomas Pynchon. Mais c’est aussi une rumeur. On raconte qu’il a payé Harcourt Brace pour publier Les Reconnaissances, puis déçu et mis en rogne par l’accueil fait au livre, il a détruit tout le stock. On raconte aussi qu’il est mort à quarante trois ans de dysenterie ou d’une autre de ces maladies honteuses qu’attrapent les touristes et qu’il a été enterré, sans sépulture, au pied d’un arbre noueux. On raconte même, mais c’est sans doute la rumeur la plus absurde, qu’il a été assistant mécanicien lors de la construction du Canal de Panama. On raconte encore qu’il a été mercenaire lors d’un conflit au Costa Rica. On raconte qu’il n’a pas de moyens de subsister. Et qu’il ne fait que se balader. Il est comme ces personnages de romans qui ont pour titre un nom de vagabond. Mais tout cela est faux. Il a travaillé pour l’armée et a écrit les textes des manuels de campagnes. En fait non. Il a écrit des scénarios de films, de ceux qui vous montrent/expliquent comment démonter et nettoyer une arme. De mauvaises langues prétendent même qu’il a été correcteur au New Yorker. Pas du tout, disent d’autres, il a été pigiste et il est devenu le nègre d’une entreprise et il en a profité pour recueillir des informations en vue d’écrire un livre sur l’Amérique et sur l’argent. Quand John Kuehl et Steven Moore ont publié un recueil d’essais à son sujet, l’écrivain respecté, devenu artiste, s’est dessiné lui-même, comme il se doit, avec un grand verre de whisky. Il n’y avait pas de visage.

jeudi 21 juillet 2011

et. 1 & 2

Denis Roche Denis Roche Denis Roche Denis Roche B.S. Johnson Dylan Thomas Dylan Thomas Patrick Mauriès Hans Höller Robert Antelme Victor Klemperer Ingeborg Bachmann John E. Jackson Paul Celan Paul Celan Paul Celan Paul Celan Paul Celan Paul Celan Paul Celan Paul Celan Paul Celan Paul Celan Peter Szondi Paul Celan Gisele Celan Lestrange Jacques Derrida Patrick Guyon Hans Georg Gadamer Philippe Lacoue Labarthe Paul Celan Alexis Nouss Israel Chalfen Lawrence Norfolk Hadrien France-Lanord John Felstiner Maurice Blanchot Rachel Ertel Jean-Michel Maulpoix Jean Bollack Jean Daive Edmond Jabes Jean Luc Godard Marc Trivier Philippe Lacoue-Labarthe Jean-Christophe Bailly Jean-Christophe Bailly Jean-Christophe Bailly Jean-Christophe Bailly Jean-Christophe Bailly Jean-Christophe Bailly Jean-Christophe Bailly Jean-Christophe Bailly Jean-Christophe Bailly Jean-Christophe Bailly Jean-Christophe Bailly Jean-Christophe Bailly Jean-Christophe Bailly Jean-Christophe Bailly Jean-Christophe Bailly Jean-Christophe Bailly Jean-Christophe Bailly Jean-Christophe Bailly Dominique Poncet Dimitri Dimitriadis Marguerite Duras Jonathan Swift Virginia Woolf Virginia Woolf Virginia Woolf Virginia Woolf Virginia Woolf Virginia Woolf Jean-Jacques Schuhl Jean-Jacques Schuhl Jean-Jacques Schuhl Jean-Jacques Schuhl Georg Trakl Alexander Blok Andrei Biely Vladimir Nabokov Franck Venaille C.F. Ramuz C.F. Ramuz C.F. Ramuz Anna Akhmatova Henri Calet Gregoire Bouillier
Denis Roche Denis Roche Denis Roche Denis Roche Denis Roche Denis Roche Denis Roche Denis Roche Denis Roche Denis Roche Daniele Robert-Guédon Dominique Quesada Bernard Lamarche-Vadel Bernard Lamarche-Vadel Bernard Lamarche-Vadel Bernard Lamarche-Vadel Bernard Lamarche-Vadel Bernard Lamarche-Vadel Bernard Lamarche-Vadel Bernard Lamarche-Vadel Bernard Lamarche-Vadel Bernard Lamarche-Vadel Thomas Bernhard Thomas Bernhard Thomas Bernhard Thomas Bernhard Thomas Bernhard Jean-Loup Trassard Hans Magnus Enzensberger Hans Magnus Enzensberger Hans Magnus Enzensberger Hans Magnus Enzensberger Hans Magnus Enzensberger Hans Magnus Enzensberger Hans Magnus Enzensberger Hans Magnus Enzensberger Hans Magnus Enzensberger Hans Magnus Enzensberger Hans Magnus Enzensberger Hans Magnus Enzensberger Marcel Schwob R.L. Stevenson R.L. Stevenson Daniel Defoe C.K. Chesterton Elizabeth Browning Charles Robert Maturin Maurice Lévy Marcel Schwob Heiner Muller Heiner Muller Heiner Muller Heiner Muller Heiner Muller Heiner Muller Heiner Muller Heiner Muller Heiner Muller Jean-Pierre Morel Heiner Muller Valère Novarina Vladimir Pozner Yves di Manno Yves di Manno Mark Z. Danielewski Charles Reznikoff Charles Olson Charles Olson e.e. cummings William Carlos Williams William Carlos Williams William Carlos Williams William Carlos Williams John Giorno Louis Zukofski Louis Zukofski Jacques Roubaud Gertrud Stein Gertrud Stein Gertrud Stein Gertrud Stein Gertrud Stein Gertrud Stein Gertrud Stein Gertrud Stein Gertrud Stein Gertrud Stein Gertrud Stein Gertrud Stein Gertrud Stein Gertrud Stein Pierre Courtaud Nadine Satiat Jack Spicer Jack Spicer Serge Fauchereau

lundi 18 juillet 2011

we can be heroes



Carmelo Bene 
(1937-2002)

"Si vous voulez l'habiller de noir, je vous l'accorde, à condition que vous considériez cette teinte comme une nécessité de rigueur, et non, certes, celle du deuil pour son père."

samedi 16 juillet 2011

we can be heroes


Orhan Pamuk
(1952- )

"Toute histoire est unique en elle-même ! (...) Toute histoire est histoire parce qu'elle n'a pas de semblable. Tout écrivain est un pauvre écrivain unique en son genre."

vendredi 17 juin 2011

mardi 14 juin 2011

les sept corbeaux


J’ai sept fils et toujours pas de fille et pourtant je désire une fille j’aime mes fils mais je veux aussi une fille pour que mon bonheur soit parfait.
J’ai sept fils et je suis enceinte, j’espère que ce sera une fille, car mon mari désire une fille plus que tout.
Quand je viens au monde je suis une fille mon père est heureux ma mère est heureuse mais ils sont inquiets car je suis chétive et à cause de ma faiblesse il faut m’ondoyer.
Va à la fontaine chercher en toute hâte de l’eau lustrale ! dis-je à mon fils.
Nous y allons tous, nous les sept garçons car nous voulons tous faire plaisir à notre père à notre mère et aider notre sœur que nous aimons déjà mais dans notre précipitation et notre désir de bien faire nous laissons tomber la cruche dans le puits nous ne savons que faire et restons plantés là comme des imbéciles et nous n’osons pas rentrer à la maison chercher une nouvelle cruche annoncer notre bêtise.
Certainement qu’ils auront oublié de rentrer pour jouer ces garçons impies je voudrais qu’ils soient tous changés en corbeaux.
Nous sommes à nous demander ce que nous allons faire quand soudain nous sommes transformés en corbeaux noirs comme du charbon nous nous envolons et passons au dessus de la tête de notre père de notre mère et de notre sœur que nous aimons déjà.
À peine ai-je prononcé ces mots ces mots terribles que je vois sept corbeaux noirs comme du charbon qui volent de-ci de-là.
Je sais que je suis responsable de la disparition de mes fils de mes sept fils de mes sept enfants il me reste ma fille et je me console avec elle comme je peux et je la vois de jour en jour grandir et prendre des forces.
Pendant longtemps j’ignore que j’ai des frères personne ne m’en parle personne n’en fait mention il n’y a plus de trace d’eux nulle part j’ignore que j’ai des frères mais un jour j’entends des gens du village dire que je suis bien belle ce qui est vrai je suis bien belle mais qu’en réalité je suis responsable du malheur de mes sept frères.
Ma fille tant désirée ma fille tant aimée vient me voir et me demande à propos de ses frères je ne veux rien lui dire je ne peux rien lui dire mais je ne peux garder plus longtemps le secret je lui dis c’est là un décret du ciel et ta naissance n’en a été que l’occasion innocente.
Chaque jour j’ai un peu plus de remords chaque jour je crois que je dois délivrer mes frères je dois me mettre en route pour retrouver leur trace et les délivrer quoi qu’il peut m’en coûter.
Je m’en vais je vais chercher mes frères je n’ai pas le choix je dois le faire je n’emporte avec moi rien d’autre qu’une miche de pain pour la faim une cruche pour la soif et une chaise pour la fatigue.
Je vais toujours tout droit devant moi loin loin jusqu’au bout du monde alors j’arrive au soleil mais il est trop chaud et terrible et il mange les petits enfants alors je m’enfuis en hâte et cours jusqu’à la lune mais elle est bien trop froide et elle est cruelle et méchante.
Je sens la chaire humaine et je vois une enfant arriver vers moi.
J’ai peur et je m’en vais vivement vers les étoiles qui sont gentilles et accueillantes chacune est assise sur une petite chaise à part.
Je suis l’étoile du matin et je suis la seule qui sait parler alors je dis à cette charmante enfant prends cet osselet car sans cet osselet tu ne pourras pas ouvrir la montagne de verre et c’est dans la montagne de verre que se trouvent tes frères
Je prends l’osselet je l’enveloppe soigneusement dans un petit torchon et je continue ma route si bien que j’arrive à la montagne de glace la porte est fermée à clé et quand je veux sortir l’osselet donné par l’étoile du matin je vois que le torchon est vide j’ai perdu le cadeau des bonnes étoiles que faire maintenant je veux sauver mes frères je suis allé jusqu’au soleil jusqu’à la lune jusqu’aux étoiles je ne peux m’arrêter maintenant je ne peux abandonner maintenant je sors un couteau de ma poche et me coupe le petit doigt je le mets dans la serrure et je parviens à ouvrir la porte.
Mon enfant que cherches-tu ?
Oh monsieur le gnome je cherche mes frères les sept corbeaux
Messire les corbeaux ne sont pas à la maison mais si vous voulez attendre leur retour entrez.
J’apporte le repas des corbeaux c’est mon rôle c’est ma fonction je mets le repas sur sept petites assiettes et dans sept petits gobelets.
Je mange une miette dans chaque petit gobelet et dans le dernier je laisse tomber le petit anneau que j’ai emporté.
Ce sont Messieurs les corbeaux qui rentrent à tire-d’aile.
Qui a mangé dans ma petite assiette qui a bu dans mon petit gobelet c’était une bouche humaine. Qui a mangé dans ma petite assiette qui a bu dans mon petit gobelet c’était une bouche humaine. Qui a mangé dans ma petite assiette qui a bu dans mon petit gobelet c’était une bouche humaine. Qui a mangé dans ma petite assiette qui a bu dans mon petit gobelet c’était une bouche humaine. Qui a mangé dans ma petite assiette qui a bu dans mon petit gobelet c’était une bouche humaine. Qui a mangé dans ma petite assiette qui a bu dans mon petit gobelet c’était une bouche humaine. Qui a mangé dans ma petite assiette qui a bu dans mon petit gobelet c’était une bouche humaine.
Je vide mon gobelet et un anneau en tombe et je vois que c’est l’anneau de mon père et de ma mère dieu veuille que ce soit notre petite sœur alors nous serions délivrés.
J’entends ce souhait et j’ouvre la porte et mes frères reprennent forme humaine.
Nous voyons la porte s’ouvrir et nous reprenons forme humaine.

Nous nous embrassons et nous faisons mille caresses et nous rentrons joyeusement à la maison chez nous.


lundi 13 juin 2011

Jeannot & Margot// Hänsel & Gretel


Je m’appelle Jeannot ou Hänsel.
Je m’appelle Margot ou Gretel.
Nous vivons avec notre père, un pauvre bûcheron.
Nous vivons avec notre mère, femme d’un pauvre bûcheron.
Nous sommes pauvres et avons peu de choses à nous mettre sous la dent, et la disette  s’est abattue sur le pays et nous ne pouvons même pas nous procurer notre pain quotidien.
Nous avons tellement faim que nous ne pouvons pas dormir et entendons notre père pauvre bûcheron parler avec notre mère, femme d’un pauvre bûcheron. Elle dit sais-tu, mon homme, ce qu’il faut faire ? Demain, à la première heure, nous conduirons nos enfants dans la forêt, là où elle est la plus épaisse. Nous leur ferons du feu et nous donnerons à chacun un morceau de pain. Nous retournerons ensuite à notre travail, et les laisserons tout seuls. Ils ne retrouveront pas le chemin de la maison et nous en serons débarrassés. Et notre père, pauvre bûcheron de répondre non, femme, je ne ferai pas cela. Je n’aurai jamais le cœur de laisser mes enfants seuls dans le bois : les bêtes sauvages les auraient bientôt dévorés. Et notre mère, femme d’un pauvre bûcheron de continuer idiot ! en ce cas nous mourrons de faim tous les quatre. tu peux raboter les planches pour les cercueils !
Elle n’arrête pas de le harceler, et notre père, pauvre bûcheron ces pauvres enfants me font pitié tout de même.
c’est fait de nous ! dis-je tais-toi Ne te chagrine pas : je saurai nous tirer de là, dis-je.
Nous attendons que nos vieux soient endormis, je me lève, mets ma petite veste, ouvre le bas de la porte et glisse dehors. Il fait un beau clair de lune et les cailloux blancs devants la porte brillent comme de vrais sous neufs. Je me baisse et en fourre dans les poches de ma petite veste autant qu’il veut en entrer. Puis je rentre Console-toi, et dors en paix : Dieu ne nous abandonnera pas.
Je me recouche dans mon lit. Au point du jour, avant le lever du soleil, notre mère, femme d’un pauvre bûcheron vient nous réveiller. levez-vous, paresseux, nous allons fagoter dans la forêt.
Alors elle donne à chacun un petit morceau de pain et dit : voilà votre déjeuner, mais ne le mangez pas tout de suite, car vous n’aurez rien de plus.
Comme j’ai mes poches pleines de cailloux, je mets le pain dans mon tablier ; après quoi nous prenons tous le chemin de la forêt.
Quand nous avons marché un instant, je m’arrête et jette un regard en arrière sur la maison ; je répète plusieurs fois ce mouvement. qu’est-ce que tu regardes ? me dit notre père, pauvre bûcheron, et pourquoi restes-tu en arrière ? prends garde et ne laisse pas traîner tes jambes. Oh ! père, je réponds. Je regarde mon petit chat blanc qui est posé au haut du toit et qui veut me dire adieu. Nigaud ! réplique notre mère, femme d’un pauvre bûcheron. ce n’est point ton petit chat, c’est le soleil du matin qui brille sur la cheminée.
Je ne regarde pas mon petit chat, mais je laisse tomber un petit caillou blanc de ma poche sur le chemin. Quand nous arrivons au milieu de la forêt, notre père, pauvre bûcheron dit : Mes enfants, ramassez du bois, je vais allumer du feu pour que vous n’ayez pas froid.
Nous en ramassons bien vite un petit tas. Quand les ramilles sont allumées et que la flamme s’élève très-haut, notre mère, femme d’un pauvre bûcheron dit : Mes enfants, couchez-vous près du feu et reposez-vous. Nous allons couper du bois. Quand nous aurons fini, nous viendrons vous reprendre.
Nous nous asseyons près du feu et, lorsqu’il est midi, nous mangeons chacun notre morceau de pain. Comme nous entendons les coups de hache, nous croyons que notre père travaille dans le voisinage. Mais ce n’est pas le bruit de la hache que nous entendons, c’était celui d’une branche que notre père, pauvre bûcheron et notre mère, femme d’une pauvre bûcheron ont attachée à un arbre mort et qui le frappe sous l’effort du vent.
À force de rester assis à la même place, nous fermons les yeux de fatigue et nous nous endormons. Quand nous nous réveillons, il fait nuit noire. Je me mets à pleurer et dit comment allons-nous sortir de la forêt ?
Je trouve des paroles réconfortantes et dit attends un petit moment que la lune soit levée, nous trouverons bien le chemin.
Et quand la pleine lune est levée, je suis les petits cailloux qui brillent comme des pièces d’argent toutes neuves et lui montre la route. Et quand la pleine lune est levée, il suit les petits cailloux qui brillent comme des pièces d’argent toutes neuves et me montre la route.


Nous marchons toute la nuit et, au point du jour, nous arrivons à la maison paternelle. Nous heurtons à la porte. Notre mère, femme d’un pauvre bûcheron ouvre et, en nous voyant, elle s’écrie : mauvais enfants, pourquoi avez-vous dormi si longtemps dans la forêt ? Nous avons cru que vous ne vouliez plus revenir.
Notre père, pauvre bûcheron, lui, est enchanté.
Peu après, nous manquons encore de tout, et, la nuit, nous entendons notre mère, femme d’un pauvre bûcheron qui dit dans le lit à notre père, pauvre bûcheron : voilà qu’encore une fois tout est mangé : nous n’avons plus que la moitié d’un pain et après ce sera fini de rire. Il faut nous débarrasser des enfants. Nous allons les mener plus au fond dans la forêt pour qu’ils ne retrouvent jamais la route. Sans cela nous sommes perdus.
Notre père, pauvre bûcheron a le cœur serré : il pense qu’il vaut mieux partager le dernier morceau avec ses enfants ; mais loin de l’écouter, notre mère, femme d’un pauvre bûcheron l’injurie et l’accable de reproches.
Quand on a dit A, il faut dire B, et, parce qu’il a cédé la première fois, il faut bien qu’il céde la seconde. Nous sommes encore éveillés et avons entendu cette conversation.
Lorsque les vieux sont endormis, je me lève et veux sortir pour ramasser de petits cailloux comme auparavant. Par malheur, notre mère, femme d’un pauvre bûcheron a fermé la porte et je ne peux pas sortir. Je dis des mots rassurants : ne pleure pas, et dors tranquille : le bon Dieu nous aidera.
Le matin, de bonne heure, notre mère, femme d’un pauvre bûcheron arrive et nous fait lever. Nous recevons notre petit morceau de pain, qui est plus petit encore que la première fois. En marchant vers la forêt, j’émiette le pain dans sa poche et souvent je s’arrête pour jeter les miettes à terre. pourquoi t’arrêtes-tu et regardes-tu derrière toi ? dit notre père, pauvre bûcheron ; continue ton chemin. Je regarde mon petit pigeon qui est posé sur le toit et qui veut me dire adieu, dis-je. nigaud ! répond ma mère, femme d’un pauvre bûcheron. ce n’est pas ton petit pigeon, c’est le soleil du matin qui brille sur la cheminée.
je jette toujours mon pain petit à petit sur le chemin. Notre mère, femme d’un pauvre bûcheron, nous mène si avant dans la forêt, que de notre vie nous n’avons pénétré jusque-là. On y allume encore un grand feu, et notre mère, femme d’un pauvre bûcheron dit : mes enfants, restez là assis, et, quand vous serez fatigués, vous pourrez dormir un peu. Nous allons plus loin couper du bois, et, le soir, sitôt que nous aurons fini, nous viendrons vous reprendre.
Lorsqu’il fut midi, je partage mon petit morceau de pain car j’ai semé le mien le long de la route. Nous nous endormons ensuite, le soir arrive et personne ne vient nous chercher. Nous nous réveillons au milieu des ténèbres de la nuit, et je dis des mots apaisants : attends que la lune se lève. Nous pourrons voir alors les miettes de pain que j’ai semées et qui nous indiqueront le chemin de la maison.
Quand la lune brille, nous nous mettons en route, mais nous ne trouvons plus une seule miette. Elles ont été mangées par les milliers d’oiseaux qui voltigeaient dans la forêt et dans les champs. Je dis : nous trouverons bien le chemin. Mais nous ne le trouvons pas.
Nous marchons toute la nuit et la journée suivante, du matin au soir, sans sortir de la forêt. Nous avons grand’faim, car nous ne vivons que de prunelles, et, comme nous sommes si fatigués que nos jambes ne veulent plus nous porter, nous nous couchons sous un arbre et dormons.
Le lendemain matin, il y a trois jours que nous sommes sortis de la maison paternelle. Nous recommençons à marcher, mais nous ne faisons que nous enfoncer de plus en plus dans la forêt. S’il ne nous arrive bientôt du secours, nous ne pouvons manquer de périr.
Quand vient midi, nous voyons un joli petit oiseau, blanc comme neige, perché sur une branche et qui chante si bien que nous nous s’arrêtons pour l’écouter. Son chant fini, il bat des ailes et voltige devant nous. Nous le suivons et bientôt nous le voyons se poser sur le toit d’une petite maison.
Nous nous approchons et reconnaissons que cette maisonnette est faite de pain et couverte en gâteau. Les fenêtres sont de sucre transparent.
nous,allons, dis-je, dîner comme en paradis. Moi, je vais manger un morceau de la toiture, et toi, tu mangeras un morceau de la fenêtre : c’est plus sucré.
Je lève la main et casse un morceau du toit pour le goûter ; je m’approche de la fenêtre et frappe dessus à petits coups. Alors il sort de la chambre une petite voix grêle.
qui frappe, qui frappe, qui frappe ?
qui frappe à ma petite maison ?
Nous répondons :
le vent, le vent,
l’enfant de Dieu !
Nous continuons à manger comme si de rien n’était. Je trouve le toit à mon goût, en arrache un grand morceau, et je casse tout un carreau de vitre. Nous nous asseyons et nous nous régalons.
Soudain la porte s’ouvre et il apparaît une fort vieille femme qui s’appuie sur une béquille. Nous sommes saisis d’un tel effroi, que nous laissons choir ce que nous tenons à la main. La vieille branle la tête et dit : ah ! mes chers enfants, qui vous a amenés ici ? Entrez et restez avec nous : il ne vous arrivera aucun mal.
Elle nous prend tous les deux par la main et nous introduit dans sa petite maison. On nous sert un bon repas, qui se compose de lait, de crêpes sucrées, de pommes et de noisettes ; puis on nous apprête deux jolis petits lits couverts de draps blancs. Nous nous couchons, croyant être dans le ciel.
(La vieille qui nous traite si bien est une méchante sorcière. C’est dans le but d’attirer les enfants qu’elle a fait construire en pain cette maisonnette. Lorsqu’un enfant tombe en son pouvoir, elle le tue, le fait bouillir, le mange, et c’est pour elle un grand régal. Les sorcières ont les yeux rouges et la vue courte, mais elles ont le nez fin comme les animaux et sentent l’approche des hommes.)
Le matin, de bonne heure, avant notre réveil, elle se lève ; tandis que nous reposons si gentiment, avec nos joues pleines et roses, la sorcière aux yeux rouges se dit tout bas : cela va me faire un repas succulent. 
De sa main sèche elle me saisit, me porte dans une petite écurie et m’y enferme. J’ai  beau crier, rien n’y fait. Elle s’approche ensuite de moi et me secoue pour me réveiller.
lève-toi ; va chercher de l’eau et fais une bonne soupe. L’autre, je l’ai mis à l’écurie pour l’engraisser. Quand il sera à point, je le mangerai.
Je pleure amèrement, mais c’est en vain il faut obéir à la sorcière. On me sert les meilleurs repas pour m’engraisser et à moi on ne donne que des têtes d’écrevisse. Tous les matins, la vieille va à la petite écurie et crie : montre tes doigts que je juge si tu es bientôt assez gras.
Je lui montre un petit os ; la vieille, à cause de sa mauvaise vue, ne s’aperçoit pas du tour et prend l’os pour mon doigt. Elle s’étonne qu’il n’engraisse point davantage.
Au bout de quatre semaines, comme je reste toujours maigre, elle perd patience et ne veut pas attendre plus longtemps. hé ! crie-t’elle, dépêche-toi d’apporter de l’eau. qu’il soit gras ou maigre, je veux demain l’égorger et le faire cuire.
Je pleure mais vais querir de l’eau. Les larmes coulent le long de mes joues, et je m’écrie :
mon Dieu, venez à mon aide. si les bêtes féroces nous avaient mangés dans la forêt, du moins nous serions morts ensemble.
cesse de gémir, dit la vieille : cela ne t’avance à rien.
Le matin, de bonne heure, il faut que je remplisse d’eau la marmite et la mette sur le feu.
avant tout, nous allons faire cuire le pain, dit la vieille. j’ai chauffé le four et préparé la pâte.
Et elle me pousse dehors vers le four d’où sortent des flammes.
grimpe dedans, dit-elle, et vois si le four est bien chaud, pour que nous puissions y mettre le pain.
Une fois que je suis dedans, la sorcière veut fermer le four, afin que j’y cuise et qu’elle puisse me manger. Mais je me doute de son dessein.
je ne sais, dis-je, comment faire pour y entrer.
imbécile ! répond la vieille. tu vois bien que l’ouverture est assez grande : je pourrais y entrer moi-même.
Et elle tourne autour du four et y avance sa tête. Je lui donne une si forte poussée que je l’y enfonce tout au fond. Je ferme aussitôt la porte de fer et y mets le verrou. La vieille hurle effroyablement, mais je m’enfuis et la sorcière est brûlée vive.
Je cours droit à l’écurie, en ouvre la porte et crie : nous sommes délivrés ! la vieille sorcière est morte.
Je saute dehors aussi vite qu’un oiseau, quand on ouvre la porte de sa cage.
C’est une grande joie : nous nous jetons au cou l’un de l’autre et nous nous embrassons tendrement. Comme nous n’avons plus peur, nous parcourons la maison de la sorcière. Nous trouvons dans tous les coins des caisses remplies de perles et de pierreries. Cela vaut mieux que les petits cailloux, dis-je, et j’en bourre mes poches. moi aussi, dis-je, je veux rapporter quelque chose à la maison. et maintenant, dis-je, nous allons voir à sortir de cette forêt de sorcières.
Nous marchons durant quelques heures, nous arrivons à un grand lac. nous ne pourrons le traverser, dis-je : je ne vois ni pont ni passerelle. il n’y a pas de barque, repris-je ; mais tout là-bas nage un canard blanc. Si je le priais de nous passer ?…
Alors je crie : canard, canard ; pas de pont, pas de passerelle ; prends-nous sur ton dos blanc.
Le canard s’approche : je m’assois dessus et dis viens avec moi. Non, je réponds, ce sera trop lourd pour le canard. il nous prendra l’un après l’autre.
Le petit animal le fait. Lorsque nous arrivons de l’autre côté, il nous semble que nous reconnaissons l’endroit, et tout à coup nous  voyons au loin la maison paternelle. Nous nous mettons alors à courir ; nous nous précipitons dans la chambre et sautons au cou de notre père.
Cet homme n’a pas eu une heure de repos depuis qu’il a abandonné ses enfants dans la forêt ; sa femme d’ailleurs est morte.
Je vide mon tablier : les perles et les pierres précieuses roulèrent par la chambre, et j’en  jette de ma poche à pleines poignées.
Dès lors, on n’a plus de soucis et on vit en grande joie tous ensemble.

Je m’appelle Jeannot ou Hänsel.
Je m’appelle Margot ou Gretel.


jeudi 9 juin 2011

les trois nains de la forêt


Ma mère est morte et le père de ma meilleure amie est mort alors la mère de ma meilleure amie me dit dis à ton père que je veux bien l’épouser et je le dis à mon père qui me dit que dois-je faire le mariage est une joie et aussi un tourment et moi je ne sais quoi dire puis il me dit prends cette botte la semelle en est percée va au grenier pends là au gros clou et verse de l’eau dedans si elle ne fuit pas je me remarie si elle fuit je ne remarie pas mon père a toujours eu de drôles d’idées mais je fais comme il a dit et quand je lui dis  que la botte n’a pas fuit il ne me croit pas mais sous l’effet de l’eau le trou s’est resserré et la botte s’est remplie d’eau jusqu’au bord et il est monté voir lui-même mon père et comme c’est vrai il va demander la mère de ma meilleure amie en mariage.
C’est un beau mariage.
Le lendemain du mariage j’ai du lait pour me laver et du vin à boire et ma meilleure amie a de l’eau pour se laver et de l’eau à boire.
Le jour d’après le lendemain du mariage j’ai de l’eau pour me laver et de l’eau à boire et ma meilleure amie a de l’eau pour se laver et de l’eau à boire.
Le jour d’après le jour d’après le lendemain du mariage j’ai de l’eau pour me laver et de l’eau à boire et ma meilleure amie a du lait pour se laver et du vin à boire.
On en reste là.
Passent les jours & les semaines j’ai de l’eau pour me laver et de l’eau à boire et ma meilleure amie a du lait pour se laver et du vin à boire.
Ma belle-mère me déteste chaque jour un peu plus et trouve toujours un moyen de m’humilier et ma meilleure amie n’est plus ma meilleure amie je suis belle très belle aimable très aimable elle elle est laide très laide repoussante très repoussante je crois que  sa mère est jalouse de moi.

Un jour d’hiver alors qu’il fait froid à pierre fendre les monts et les vallées sont recouvertes de neige et ma belle-mère toujours aussi gentille me confectionne une robe en papier pour que j’aille dans le froid à pierre fendre lui trouver un plein panier de fraises je ne suis pas d’accord il fait trop froid dehors froid à pierre fendre à geler l’haleine et par ce froid à pierre fendre et à geler l’haleine je ne vais pas trouver de fraises vas-tu encore répliquer tâche de filer et ne t’avise pas de revenir avant d’avoir rempli le panier de fraises et elle me donne un petit morceau de pain dur tu en auras pour la journée elle pense sûrement que je vais mourir de froid dehors dans le froid à pierre fendre et à geler l’haleine.
Je suis obéissante et je mets la robe en papier et m’en vais avec le panier pour trouver des fraises dehors dans le froid à pierre fendre et à geler l’haleine.
J’arrive dans la forêt et je vois une petite maison une toute petite maison pas vilaine d’ailleurs une maison une petite maison comme dans les contes de fées. Il y a trois nains à la fenêtre et comme j’ai froid très froid si froid je rentre je suis gênée de déranger les trois habitants les trois petits habitants je dis bonjour je suis polie je suis bien reçue ils m’invitent à m’asseoir près du poêle et je mange mon morceau de pain dur pour reprendre des forces ils me disent donne nous un morceau de ton pain je n’en ai pas assez  je ne veux pas mourir mais j’en donne malgré tout un morceau je partage mon morceau de pain dur avec les trois habitants les trois petits habitants de cette petite maison qui ressemble à une maison de conte de fées ils me disent que vas-tu faire dans la forêt par ce jour d’hiver avec ta petite robe si mince je leur explique et quand j’ai fini mon pain que j’ai mangé par petite bouchée pour le faire durer le plus longtemps possible ils me donnent un balai balaie la neige à la porte de derrière je le fais car je veux rendre service à ces trois habitants ces trois petits habitants car je veux remercier ces trois habitants ces trois petits habitants qui m’ont permis de me réchauffer un peu je les entends marmonner des choses pendant que je me dirige vers l’arrière de la maison et je vais balayer la neige et vous n’allez pas y croire mais je trouve alors des fraises de belles fraises mûres et j’en remplis mon panier je suis heureuse je vais pouvoir rentrer chez moi j’embrasse les nains et les remercie encore je rentre chez moi.
J’arrive chez moi je dis bonjour et une pièce d’or sort de ma bouche devant les yeux ébahis de la mère de mon ancienne meilleure amie et devant les yeux ébahis de mon ancienne meilleure amie je raconte ce que j’ai fait et où j’ai trouvé les fraises mûres et pendant que je parle des pièces et des pièces sortent de ma bouche la salle en est vite remplie mon ancienne meilleure amie veut elle aussi aller voir les nains les nabots dit-elle mais sa mère ne veut pas elle a peur que sa fille meure de froid mais elle finit par craquer et lui fait un beau manteau de fourrure pour la protéger du froid à pierre fendre et à geler l’haleine.
Je ne sais pas ce qui est arrivé mais quand mon ancienne meilleure amie rentre et qu’elle dit bonjour c’est un vilain crapaud qui sort de sa bouche et là je peux dire la mère de mon ancienne meilleure amie n’est pas contente mais pas contente du tout et fait retomber toute la faute sur moi comme si j’y étais pour quelque chose.
Passent les jours et les semaines je suis de plus en plus belle chaque jour je suis plus belle quand mon ancienne meilleure amie qui déjà n’était pas très jolie devient de plus en plus laide et comme quand elle parle il y a un crapaud qui sort de sa bouche tout le monde évite de lui parler de peur de voir la salle envahie de crapauds baveux.
Un autre jour il fait toujours aussi froid et la mère de mon ancienne meilleure amie me dit de prendre un chaudron de fil bouilli une hache d’aller faire un trou dans la glace et de rouir le fil comme je suis obéissante très obéissante je ne discute pas même si je sais que cela aurait fait plaisir à la mère de mon ancienne amie de recevoir avant mon départ quelques pièces d’or mais je suis obéissante très obéissante et je fais ce qu’elle me demande et je vais sur le lac gelé y creuser un trou avec la hache et c’est à ce moment là que passe le carrosse le beau carrosse le très beau carrosse du roi et il me demande mon enfant qui es-tu que fais-tu là je lui réponds je suis une pauvre fille et je rouis du fil et lui veux-tu venir avec moi et moi oh oui de tout cœur je ne veux plus retourner chez la mère de mon ancienne amie.
Et je me marie avec le roi et je suis heureuse et j’ai un enfant et je vis heureuse.