mercredi 28 octobre 2009

we can be heroes

Elle s'accrocha aux études de Reger pour la main gauche.

Elle joua du Beethoven et du Schönberg.

Elle était fascinée par Le Voyage d'hiver de Schubert.

Enfant, elle a été " ficelée, ligotée comme une momie égyptienne par des obligations quotidiennes".

"Suis le cours de mes larmes / Et bientôt le ruisseau t'accueillera"

Elle joua L'Art du délier les doigts de Czerny.

Schubert : le compositeur du son fragile, comme elle l'appelle.

Lied : Le Dégel.

Les pièces de Buxtehude, de Bach, de Couperin, de Schmidt, de Messiaen.

La musique n'est pas un art délicat, c'est un travail fastidieux sur les instruments.

Art délicat pour ceux qui écoutent, pas pour ceux qui jouent.

Elle est une momie.

Aujourd'hui c'est Schumann ou Brahms. Demain ce sera Beethoven ou Chopin.

Ce que l'on ne peut dire avec la bouche, il faut le dire avec la musique.

" J'étais habituée depuis longtemps à utiliser des instruments, c'est alors qu'un nouvel intrument se présenta : la langue, qui ouvre tout, ferme tout, se ferme à tout, étant elle-même un tout."

Elle allait entrer dans une année d'isolement.

Elle connut une crise de panique dans le métro, et ne pouvant se rendre à un rendez-vous, elle décide de tout abandonner. Cela en était fini de la musique.

lundi 19 octobre 2009

j'y serai



Je recommande tout particulèrement la lecture de cette nouvelle revue, Rouge-déclic, qui n'aura que sept numéros, c'est déjà décidé, et dont le sommaire du numéro zéro, disponible, est alléchant et passionnant : Ludovic Degroote, Antoine Bréa, Alban Lefranc, Lise Benincà...
Un texte retrouvé de Jean-Claude Lévy, magnifique.

Un grand et beau premier numéro, et une soirée de lancement, le jeudi 22 octobre, à 20h...

lundi 12 octobre 2009

we can be heroes

« Il s’assassine. Il se marre. Il en rigole d’avance. »

D’un discours emprunté à tous les savoirs : religieux, philosophiques, historiques, et oui même, et surtout même, publicitaires, mais aussi érotiques, astrologiques, journalistiques, juridiques, économiques, littéraires (assez peu), petites annonces, …

Petit fils (caché) de G. Stein.

Vivre vite et fort : Verlaine, Rimbaud, Baudelaire, Artaud, Büchner, Kleist…

Il a toujours avec lui un carnet (Clairefontaine) et un stylo plume (Sheaffer).

Ensuite, il passe au cahier, plus grand que le carnet (Clairefontaine).

Il souffre de troubles dépressifs et d’hypernervosité.

Mais cela ne prouve rien. Bien au contraire.

Il écrit en français et il a un dictionnaire français et il est Français.

Il tape ensuite ses textes sur un ordinateur (Mac).

« Sa langue est claire comme l’eau claire. »

Il aime le foot. Le Tour de France.

Il aime les cafés.

« Il fait la révolution seulement avec des près… »

Mais tout cela ne prouve rien. Bien au contraire.

Il est adorable, méchant, séducteur, cachotier, drôle, despotique… Il existe.

Mais tout cela ne prouve rien. Bien au contraire.

Son œuvre est inachevée. Il entre dans la légende.

Mais tout cela ne prouve rien. Bien au contraire.

Il est un fabricant. Il essaye de fabriquer.

Il a cherché les emmerdes. Il les a trouvées.

Il est amoureux d’un amour amoureux.

Tous les mots du monde. Tous les mots de la bouche. Tous les mots des maux. Tous les maux des mots. Tous les maux de la bouche. Tous les maux du monde.

« Les anciens : ils sont grands et beaux. »

Une bio-express : (un blanc)

Mais tout cela ne prouve rien. Bien au contraire.

« C’est le bonheur qui me rend heureux. »

dimanche 11 octobre 2009

samedi 10 octobre 2009

we can be heroes

La grammaire héritée : Port-Royal, Chomsky, Grevisse, Bossuet, Milner, la télévision, Arrivé, Papa & Maman...

Les phrases vieillissent, se parcheminent, se fanent, blanchissent, se sclérosent, sucrent les fraises, chevrotent, se sénilisent, radotent, s’agérontisent, se cendrisent et se poussiérisent. : elles meurent aussi.

Réticence : le mouvement qui déplace les lignes de la phrase.

Réticence : les litotes et les euphémismes peuvent se ranger parmi les figures de réticence.

Des phrases dont la protase se gonfle exagérément par rapport à l’apodose.

Il considérait Surveiller et punir comme le meilleur livre jamais écrit sur la photographie, qui ne mentionne pourtant jamais le médium.

« L’eau monte toujours… »

La mort n’est pas à regarder fixement, mais à regarder d’un point fixe.

« La puanteur est une laideur supplémentaire. »

Sur son frigidaire il y avait une photographie de Kostadinov.

La détestation de son pays comme gymnastique matinale. En nouant son nœud de cravate.

jeudi 8 octobre 2009

mercredi 7 octobre 2009

we can be heroes

« Finir en beauté. »

Dans son affaire, la littérature ne dépasse pas une béquille, l’exposer revient à peu, si l’on n’a pas su grâce à elle marcher sur les eaux.

« Nous survivons. En nos châteaux cependant. »

Résignation : Terme de jurisprudence. Abandon en faveur de quelqu'un. Il a fait cession et résignation de tous ses droits à son frère.

Résignation : Fait de se résigner; renoncement.

« Que sont devenues toutes ces années ? Elles sont passées, elles sont perdues. »

Plutôt que de dire : je vous lis un passage. Il dit : je vous traduis un passage. Et il commence sa lecture à voix haute et claire, nette et précise, qui suit parfaitement la période de la phrase.

La comédie ne se serait pas moins bien jouée, quand je serais demeuré derrière le théâtre. Traduit-il.

Il était un réaliste, comme Dostoïevski, Freud et Kafka.

Elle est allée voir une exposition retraçant ses goûts. Elle pensa sans doute au chat.

« Vous raconterai-je ici tous les maux… »

Dans son domaine, écrasé de fatigue, mais ne pouvant dormir, il erre comme un fantôme, et à chaque fois qu’il passe devant un miroir, il resserre son nœud de cravate. Au loin les chiens aboient.

dimanche 4 octobre 2009

we can be heroes

Elégamment vêtu, fumant ses cigarettes avec désinvolture, plus pour s’entourer d’un écran de fumée blanche que par besoin de nicotine ; ainsi il apparaissait.

C’est en s’habillant de neuf et en assurant le maintien de la netteté irréprochable de son vêtement qu’il entrait peu à peu dans l’état stationnaire.

Il s’asseyait et nous regardait fixement de ses yeux très noirs, trop noirs. Puis il parlait beaucoup et bougeait tout autant. Parler et bouger. Cela allait ensemble pour lui. Accompagner la parole de gestes ; accompagner les gestes de la parole.

Il était à la recherche des gestes qui donnent un jour les phrases.

La montre à son poignet, élégante comme tout ce qu’il portait, indiquait toujours la même heure : cinq heures et deux minutes.

Un héros : celui à qui on fait du tort et celui qui ne cède jamais. (Lacan)

Sur une des rares photographies de lui on le voit avec deux chats, des chatons. Elle me dit : « J’en veux un comme ça, comme celui qu’il a dans la main. »

Prier les grands esprits de Gombrowicz et de Thomas Bernhard, de Bossuet, Dostoïevski et de Franz Kafka, de Shakespeare, Laclos et Nabokov.

Etre un ennemi fuyant.

L’omission, le retrait, la désaffection ou le mimétisme tactique que l’on rencontre chez certaines espèces animales fourbissent davantage ses armes ; la figure du maquisard le hante mieux que celle du général.

Ce qu’il écrivait et sa façon de l’écrire l’ont mené au Grand Siècle. Non l’inverse.

A chacune de ses paroles on pressentait la mort qui se rapprochait : et le coup de fusil qui devait l’aider à finir ses jours, ne fut pour personne une surprise. De ce suicide murement réfléchi, il n’y avait pas grand chose à en dire, ou peut être si, une chose : enfin.

Regarder un tableau, une photographie comme on regarde la mort : dans les yeux, avec un léger sourire.

Cinq heures et deux minutes : l’heure de sa mort ? l’heure de sa naissance ?

Nouer chaque jour, impeccablement, sa cravate et avoir pour maxime : pas un jour sans cravate.

vendredi 2 octobre 2009

la date

Cela commencerait par une date ; un jour, une nuit, les deux.

Cela s'inscrirait en nous ; une trace indélébile.

Un jour que l'on n'oublie pas, que l'on ne veut pas oublier, que l'on ne peut oublier.