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mercredi 2 novembre 2011

we can be heroes






Robert Duncan
(1919-1988)

"Comme s'il s'agissait d'une construction de l'esprit
qui n'est pas mien, mais mienne
construction, si proche du coeur
pré éternel dans le repli de toute pensée
en sorte qu'une salle s'y déploie
construction née de la lumière
d'où les ombres qui sont formes s'écroulent"
(trad. Yves di Manno)

lundi 18 juillet 2011

we can be heroes



Carmelo Bene 
(1937-2002)

"Si vous voulez l'habiller de noir, je vous l'accorde, à condition que vous considériez cette teinte comme une nécessité de rigueur, et non, certes, celle du deuil pour son père."

samedi 16 juillet 2011

we can be heroes


Orhan Pamuk
(1952- )

"Toute histoire est unique en elle-même ! (...) Toute histoire est histoire parce qu'elle n'a pas de semblable. Tout écrivain est un pauvre écrivain unique en son genre."

vendredi 17 juin 2011

vendredi 13 mai 2011

we can be heroes



Marguerite Duras
(1914-1996)

" Il est arrêté devant elle, il fait ombre sur sa forme. A travers ses paupières, elle doit percevoir l'assombrissement de la lumière, la forme haute de son corps dressé au-dessus d'elle dans l'ombre duquel elle est prise. Le répit de la brûlure fait se distendre la bouche mordue à la robe. Il est là. Les yeux toujours fermés, elle lâche la robe, ramène ses bras le long de son corps dans la coulée de ses hanches, modifie l'écartement de ses jambes, les oblique vers lui afin qu'il voie d'elle encore davantage, qu'il voie d'elle plus encore que son sexe écartelé dans sa plus grande possibilité d'être vu, qu'il voie autre chose, aussi, en même temps, autre chose d'elle, qui ressorte d'elle comme une bouche vomissante, viscérale."

jeudi 5 mai 2011

we can be heroes



Claude Simon
(1913-2005)

« Je suis maintenant un vieil homme, et, comme beaucoup d'habitants de notre vieille Europe, la première partie de ma vie a été assez mouvementée : j'ai été témoin d'une révolution, j'ai fait la guerre dans des conditions particulièrement meurtrières (j'appartenais à l'un de ces régiments que les états-majors sacrifient froidement à l'avance et dont, en huit jours, il n'est pratiquement rien resté), j'ai été fait prisonnier, j'ai connu la faim, le travail physique jusqu'à l'épuisement, je me suis évadé, j'ai été gravement malade, plusieurs fois au bord de la mort, violente ou naturelle, j'ai côtoyé les gens les plus divers, aussi bien des prêtres que des incendiaires d'églises, de paisibles bourgeois que des anarchistes, des philosophes que des illettrés, j'ai partagé mon pain avec des truands, enfin j'ai voyagé un peu partout dans le monde ... et cependant, je n'ai jamais encore, à soixante-douze ans, découvert aucun sens à tout cela, si ce n'est comme l'a dit, je crois, Barthes après Shakespeare que " si le monde signifie quelque chose, c'est qu'il ne signifie rien " — sauf qu'il est. »

dimanche 1 mai 2011

we can be heroes




Ernesto Sabato
(1911-2011)

"Mon coeur battit plus fort. Il me fallait des détails : ce sont les détails qui m'émeuvent, pas les généralités."

jeudi 31 mars 2011

we can be heroes




Marcel Schwob
(1867-1905)

"Détruis, car toute création vient de la destruction.
Et pour la bonté supérieure il faut anéantir la bonté inférieure. Et ainsi le nouveau bien paraît saturé de mal.
Et pour imaginer un nouvel art, il faut briser l'art ancien. Et ainsi l'art nouveau semble une sorte d'iconoclastie.
Car toute construction est faite de débris, et rien n'est nouveau en ce monde que les formes.
Mais il faut détruire les formes."

jeudi 3 mars 2011

we can be heroes


Maurice Roche
(1924-1997)

"Je serai mort aussi longtemps que n'importe qui, et cependant à l'heure présente je suis vivant."

dimanche 6 février 2011

we can be heroes




Blaise Cendrars
(1887-1961)

« Je voulais indiquer aux jeunes gens d’aujourd’hui qu’on les trompe, que la vie n’est pas un dilemme et qu’entre les deux idéologies contraires entre lesquels on les somme d’opter, il y a la vie, la vie, avec ses contradictions bouleversantes et miraculeuses, la vie et ses possibilités illimitées, ses absurdités beaucoup plus réjouissantes que les idioties et les platitudes de la « politique », et que c’est pour la vie qu’ils doivent opter, malgré l’attirance du suicide, individuel ou collectif, et de sa foudroyante logique scientifique. Il n’y a pas d’autres choix possibles. Vivre ! »

jeudi 27 janvier 2011

Portrait de C.T. à l’œil bleu (I)


Portrait de C.T. à l’œil bleu

Il y a une photographie de lui, de C.T., presque de profil, et à l’œil bleu, si bleu – et même si la photographie est en noir et blanc, on devine, on sait que l’œil est bleu si bleu. C’est un portrait de C.T. à l’œil bleu.

Il existe déjà une Histoire de l’œil, mais pas, à ce que je sache, une Histoire de l’œil bleu. Elle serait à écrire, cette histoire, et C.T. en serait un des héros. On mettrait sur la couverture, ce portrait de C.T., qui même si en noir et blanc, on devine, on sait, que l’œil, son œil, est bleu, si bleu. Oui, elle serait parfaite, cette photographie de C.T. pour la couverture d’un livre qui s’appellerait Histoire de l’œil bleu.

Je sais qu’il y a une histoire du bleu. Ce livre s’appelle Bleu. Mais il ne parle pas de l’œil, de l’œil bleu de C.T., que l’on devine, que l’on sait, bleu, sur cette photographie en noir et blanc.

Et de son œil bleu, sur cette photographie, C.T. fixe le vide, semble fixer le vide. Il regarde quelque chose, mais comme s’il regardait rien. Il regarde comme s’il regardait tout. Mais avec son œil bleu, si bleu, C.T. ne regarde pas le rien pour le rien, mais il regarde le rien, parce qu’il sait qu’il n’y a rien. Le rien est devant lui, devant son œil bleu, si bleu, mais on ne sait à quoi il pense quand il regarde et fixe le rien.

Il ne regarde rien, il regarde le rien, de son œil bleu, si bleu, de son œil bleu si bleu, car il sait que sur ce rien, il peut tout bâtir, que tout peut se bâtir, du moment qu’on le regarde du bon œil, de l’œil bleu, de son œil bleu si bleu.

Regarder le vide, le rien et vivre fort, très fort : Verlaine, Rimbaud, Baudelaire, Artaud, Büchner, Kleist… plonger avec eux, d’un seul œil, un œil bleu si bleu, qui fixe le vide.

Son œil bleu si bleu qui fixe le rien, n’est pas un refus, mais une hostilité participante, pas un rejet, mais une intériorisation polémique, pas une fuite, mais une insertion offensive, pas un nihilisme, mais une ironie lucide et créative. Avec son œil bleu si bleu, il est en guerre. Il se déclare en état de guerre totale. Et son œil bleu si bleu le rend indépendant, affirme son absolu et sa radicalité, le fait sortir du retranchement de la solitude et du solipsisme. Cet œil bleu de C.T. que l’on devine, que l’on sait, bleu, si bleu, même si la photographie est en noir et blanc, c’est ça, c’est tout ça, c’est encore plus.

Cet œil bleu, si bleu, cet œil bleu si bleu est un œil adorable, méchant, séducteur, cachottier, drôle, despotique… un œil qui existe.

Il est fabricant de poème : un artisan, un ouvrier, un prolétaire. Il lutte avec la matière : il la façonne, il la broie, il la coupe, il la découpe, il la pétrit, il la cajole, il la caresse, il l’aime, il la tord, il la transforme… il travaille avec ses mains : carnet et crayon dans sa poche : et toujours, avant de l’attaquer, de s’y attaquer, de la coltiner, de s’y coltiner, il la regarde, de son œil bleu si bleu.

En regardant, encore et encore, cette photographie de C.T. à l’œil bleu, comme je l’appelle maintenant ; je me suis aussi demandé, s’il y avait un livre qui s’appelait Un cœur si bleu ? Je n’ai pas cherché ; et je veux garder cette idée de titre, si un jour je devais écrire plus longuement sur C.T., à l’œil bleu. Si bleu.

mardi 14 décembre 2010

tout serait...


            Tout serait dans le mouvement : un moment – juste un moment où le mouvement est réussi, le mouvement parfait qui fige le moment en un moment sans mouvement : un moment qui par son mouvement arrête le mouvement. Un moment qui fige le mouvement : puis ensuite tout n’est que l’essai de retrouver ce mouvement, son retour dans sa répétition ; Jeter une cigarette par la fenêtre ; poser sa main sur une joue aimée ; fumer avec désinvolture (sans avoir l’air de rien) ; tourner sa tête vers celle qui ; remettre ses lunettes noires (celles qui donnent le style, lis-tu) ; lever sa tête au ciel, sous la pluie ; poser sa tête sur son épaule ; passer sa main dans ses cheveux ; allumer une cigarette ; pousser des miettes sur une nappe blanche ; tourner la tête ; remonter son pull ; ajuster sa cravate ; regarder l’autre, oui elle, oui lui, dans les yeux ; redresser son col de chemise ; prendre une cigarette ; glisser son regard vers ; tirer sur sa jupe ; … des moments qui viennent du mouvement, des mouvements qui sont des moments, des arrêts, des coupures.

mardi 7 décembre 2010

we can be heroes




e. e. cummings
(1894-1962)

i like my body when it is with your
body. It is so quite new a thing.
Muscles better and nerves more.
i like your body. i like what it does,
i like its hows. i like to feel the spine
of your body and its bones, and the trembling
-firm-smooth ness and which i will
again and again and again
kiss, i like kissing this and that of you,
i like, slowly stroking the, shocking fuzz
of your electric fur, and what-is-it comes
over parting flesh ... And eyes big love-crumbs,

and possibly i like the thrill

of under me you so quite new

samedi 27 novembre 2010

we can be heroes


Juan Carlos Onetti
(1909-1994)

"La seule chose qui compte, c'est qu'en terminant de l'écrire je me suis senti en paix, sûr d'avoir réussi ce que l'on peut espérer de mieux dans ce genre de tâche : j'avais relevé un défi et j'avais trasformé en victoire l'une au moins de mes défaites quotidiennes."

lundi 4 octobre 2010

C. M.


O lente lente currite noctis equi !
Lentement lentement coursiers de la nuit
Ralentir ralentir ô chevaux de la nuit
Lentement ralentir ô chevaux de nuit

Une douleur vive — que vive — rapide : un coup, une sensation, un coup de pique, d’estoc. Une douleur terrible. Ne pas comprendre d’où vient le coup, mais sentir le coup de pique en douleur vive. Et la sensation de chaleur, sur la joue droite, en coulée épaisse et chaude. Et rien, plus rien, plus de douleur, plus de chaleur. De l’œil gauche, voir l’autre, que l’on voyait des deux yeux. Et la chute sur le sol poussiéreux  de la taverne de la veuve Éléonore Bull, près de Londres à Deptford. Et tout ça pour un recknynge : ainsi noté par le coroner dépêché près du corps, dans son rapport écrit d’une belle encre noire, sans faute, sans maladresse, d’une main assurée : un recknynge, pour une addition.



          Terminat hora diem, terminat author opus

lundi 13 septembre 2010

la main gauche sur le front...

     Il y a une photographie d’écrivain qui m’a toujours fasciné ; en fait il y en a deux, mais je reviendrai peut être plus tard sur la seconde. Celle qui m’intéresse maintenant est une photographie d’Onetti, de Juan Carlos Onetti, écrivain uruguayen injustement ignoré, mais dont les lecteurs forment une société secrète, pour reprendre la formule de Maurice Nadeau à propos de Malcolm Lowry et d’Au dessous du volcan. A moins, que ces lecteurs ne forment une communauté imaginée.
     Sur cette photo, on y voit l’auteur, l’air un peu perdu, légèrement mélancolique, avec la main gauche posée sur le front de sa femme. Elle a un regard perdu, absent, et ne semble pas être là : comme si Onetti touchait un fantôme, essayait d’étreindre un fantôme.
     Cette image condense toute la littérature d’Onetti, celle dont il disait qu’elle est une « littérature de bonté, et celui qui ne le voit pas est un âne ». Cette image, toute en douceur, même si inquiétante, dans la posture du bras même, est à l’image des écrits de Onetti, un mélange subtil de mélancolie et de douceur.
     Elle est à l’image de l’auteur qui ne bougeait plus de son lit, fumant clope sur clope, et buvant whisky sur whisky, rêvant à des lolitas si souvent chassées dans ses romans. Les papillons, les jeunes filles, sans doute est-ce un peu la même chose.
     Elle est à l’image de ce que devrait être la littérature, une littérature à la recherche de la bonté, et non du mal. Dans son pessimisme profond, Onetti savait aussi que la beauté est là, dans le toucher doux et délicat, reposant, du front d’une femme aimée.

vendredi 10 septembre 2010

portraits

Venise, 1949, cigare long aux lèvres, il refait son nœud de cravate devant une porte miroir. On le voit de profil et de face dans le reflet. On ne voit pas son œil droit, caché par le chambranle de la porte. Son œil droit qu’il a perdu deux ans auparavant dans un accident de voiture dans lequel sa femme est morte. Il mourra en 1970 d’une crise cardiaque pendant que sa seconde femme est allée faire des courses. Il vivait que pour ce qu’il voyait et pour le son des mots.

Paris, septembre 2003, il se tient immobile, mains dans les poches, regard fixe, sérieux et décidé. Il se souvient sans doute de ses deux années passées à Paris au milieu des années 70. Il a arrêté de boire du whisky il y a cinq jours, pour effacer en lui toute trace de postmodernisme.

Mexique, 2000, main gauche dans la poche, la droite tient une cigarette. Il fait beau. Le nouveau grand écrivain français est mexicain.

Par lui-même en 1985 : jeux avec les reflets, caché derrière l’objectif. Les vitres sont des miroirs. Il se cache, ne s’en cache pas.

Trieste, 2003, dans un café, forcément. Grand sourire pendant qu’il classe des papiers. Là aussi, il est double, doublé, par le grand miroir derrière lui : sur la droite. Qui est le reflet de qui ? Chaque expérience nécessite une nouvelle voix.

Paris, décembre 2002, fume-cigarettes, Ray-ban, casquette, manteau en cashmere, foulard de soie. Il rêve d’une bombe qui ferait disparaître le culte d’Elvis. Une bombe à Graceland.

Londres, décembre 2002, sur les toits, pieds croisés, mains dans les poches, chemise bleue. Le monde est la mélancolie.

lundi 26 juillet 2010

we can be heroes

J'en étais où ? J'étais où ? Je ne savais plus ce que je faisais, je ne savais plus ce que j'étais. Je vivais avec des fantômes, encombré de fantômes, entouré de fantômes, qui revenaient par-ci, par-là. De fantômes qui me hantaient : "Art is a house that tries to be haunted", m'avait dit Emily, un soir, avant de m'embrasser. Je ne la croyais pas, je ne l'écoutais pas : je voulais plus que ses lèvres à ce moment là : et me moquais des fantômes, des spectres dans l'Art, dans les maisons, dans les châteaux et ailleurs. Je voulais, oui, ses lèvres, mais aussi ses seins, ses fesses, son sexe. je voulais, ce soir-là, faire l'amour avec elle, tout simplement, et elle, qui me disait : "Art is a house that tries to be haunted". Et pourtant, elle avait raison, et j'aurais dû me méfier, un peu : ne pas foncer bille en tête, comme je l'ai fait par la suite : ne pas me laisser avoir par mon tempérament, sanguin. Mais ce soir là, je ne voulais que ses lèvres, ses fesses, ses seins, son sexe. Faire l'amour, tout simplement.

samedi 10 juillet 2010

we can be heroes

C.A. Cingria
(1883-1954)

"La ponctuation doit être rythmique, respiratoire, gymnique, stratégique, anagogique, paragogique, topologique, logique, sophistique, philosophique, poétique."

samedi 10 avril 2010

we can be heroes



Claudio Magris
(1939- )

"C'est comme ça que j'ai compris que dormir ensemble - pas seulement dormir, mais rester l'un à côté de l'autre dans le noir, vivre aussi, je n'entends pas par là des choses extraordinaires, mais parler, partager les rires et les peurs, aller voir un film ou prendre un des derniers bains de mer en octobre, sur les rochers entre Barcola et Miramare -,  ça, on ne peut le faire qu'avec la femme de sa vie."