

"ce n'est pas le mot qui fait la guerre, c'est la mort."
"If you want to live, you love ; if you don't want to live, you hate, that's all." (Louis Zukofski)
La grammaire héritée : Port-Royal, Chomsky, Grevisse, Bossuet, Milner, la télévision, Arrivé, Papa & Maman...
Les phrases vieillissent, se parcheminent, se fanent, blanchissent, se sclérosent, sucrent les fraises, chevrotent, se sénilisent, radotent, s’agérontisent, se cendrisent et se poussiérisent. : elles meurent aussi.
Réticence : le mouvement qui déplace les lignes de la phrase.
Réticence : les litotes et les euphémismes peuvent se ranger parmi les figures de réticence.
Des phrases dont la protase se gonfle exagérément par rapport à l’apodose.
Il considérait Surveiller et punir comme le meilleur livre jamais écrit sur la photographie, qui ne mentionne pourtant jamais le médium.
« L’eau monte toujours… »
La mort n’est pas à regarder fixement, mais à regarder d’un point fixe.
« La puanteur est une laideur supplémentaire. »
Sur son frigidaire il y avait une photographie de Kostadinov.
La détestation de son pays comme gymnastique matinale. En nouant son nœud de cravate.
Dans son affaire, la littérature ne dépasse pas une béquille, l’exposer revient à peu, si l’on n’a pas su grâce à elle marcher sur les eaux.
« Nous survivons. En nos châteaux cependant. »
Résignation : Terme de jurisprudence. Abandon en faveur de quelqu'un. Il a fait cession et résignation de tous ses droits à son frère.
Résignation : Fait de se résigner; renoncement.
« Que sont devenues toutes ces années ? Elles sont passées, elles sont perdues. »
Plutôt que de dire : je vous lis un passage. Il dit : je vous traduis un passage. Et il commence sa lecture à voix haute et claire, nette et précise, qui suit parfaitement la période de la phrase.
La comédie ne se serait pas moins bien jouée, quand je serais demeuré derrière le théâtre. Traduit-il.
Il était un réaliste, comme Dostoïevski, Freud et Kafka.
Elle est allée voir une exposition retraçant ses goûts. Elle pensa sans doute au chat.
« Vous raconterai-je ici tous les maux… »
Dans son domaine, écrasé de fatigue, mais ne pouvant dormir, il erre comme un fantôme, et à chaque fois qu’il passe devant un miroir, il resserre son nœud de cravate. Au loin les chiens aboient.
Elégamment vêtu, fumant ses cigarettes avec désinvolture, plus pour s’entourer d’un écran de fumée blanche que par besoin de nicotine ; ainsi il apparaissait.
C’est en s’habillant de neuf et en assurant le maintien de la netteté irréprochable de son vêtement qu’il entrait peu à peu dans l’état stationnaire.
Il s’asseyait et nous regardait fixement de ses yeux très noirs, trop noirs. Puis il parlait beaucoup et bougeait tout autant. Parler et bouger. Cela allait ensemble pour lui. Accompagner la parole de gestes ; accompagner les gestes de la parole.
Il était à la recherche des gestes qui donnent un jour les phrases.
La montre à son poignet, élégante comme tout ce qu’il portait, indiquait toujours la même heure : cinq heures et deux minutes.
Un héros : celui à qui on fait du tort et celui qui ne cède jamais. (Lacan)
Sur une des rares photographies de lui on le voit avec deux chats, des chatons. Elle me dit : « J’en veux un comme ça, comme celui qu’il a dans la main. »
Prier les grands esprits de Gombrowicz et de Thomas Bernhard, de Bossuet, Dostoïevski et de Franz Kafka, de Shakespeare, Laclos et Nabokov.
Etre un ennemi fuyant.
L’omission, le retrait, la désaffection ou le mimétisme tactique que l’on rencontre chez certaines espèces animales fourbissent davantage ses armes ; la figure du maquisard le hante mieux que celle du général.
Ce qu’il écrivait et sa façon de l’écrire l’ont mené au Grand Siècle. Non l’inverse.
A chacune de ses paroles on pressentait la mort qui se rapprochait : et le coup de fusil qui devait l’aider à finir ses jours, ne fut pour personne une surprise. De ce suicide murement réfléchi, il n’y avait pas grand chose à en dire, ou peut être si, une chose : enfin.
Regarder un tableau, une photographie comme on regarde la mort : dans les yeux, avec un léger sourire.
Cinq heures et deux minutes : l’heure de sa mort ? l’heure de sa naissance ?
Nouer chaque jour, impeccablement, sa cravate et avoir pour maxime : pas un jour sans cravate.