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mardi 1 novembre 2011

poème épik


a)
Je rêvais
Je me rêvais
Je me rêvais autre
Changer de nom, changer de peau
Apparaître, scintiller, disparaître :
Comme ça (souffle sur les doigts qui s’ouvrent)
Evidemment honorable.

b)
Je me rêvais écrivain poète poète américain
            Oui pourquoi pas
            Pas lyrique pour un sou
            Même si un peu sentimental
            « au fond j’ai toujours été un sentimental »
            Pas lyrique pour un sou – ou deux
            Mais oui peut-être
            Épique
            Oui

c)
Je me rêvais  écrivain poète poète russe
            Oui pourquoi pas
            Je traçais des hiéroglyphes
            J’allumais une cigarette
            Et les volutes partaient en fumée
            Pas lyrique – non toujours pas – juste
            Sentimental
            « au fond… »

d)
Je me rêvais écrivain
            Perdu comme tout
            Écrivain
            Épique
J’aimais les histoires anciennes les chevaliers les épées les armures et tout le tralala qui va avec
            La panoplie de l’épique

e)
Je lisais et je pensais là je suis ; et j’étais
Là je suis, là je suis, là je suis
J’y étais – j’étais – je fus – je
Le suis encore

f)
je rêvais ce que je comprenais
je rêvais de ce que je comprenais
je me rêvais et je me comprenais
je comprenais ce que je rêvais
je comprenais que je rêvais



mercredi 5 octobre 2011

Mémoires de Simon Melmoth...

J'ai donc entrepris aujourd'hui de raconter le mythe de ma vie. Mais je ne puis faire que des constations immédiates, " raconter des histoires". Sont-elles vraies ? Là n'est pas le problème. La question est celle-ci : est-ce mon aventure, est-ce ma vérité ?
Déployer plusieurs mondes possibles de langues.  (…) une façon sans espoir, frénétique, mais joyeuse, de tâcher d’imposer une forme, une taxinomie, à l’expérience trop vaste d’exister.
Pour en revenir à cet âge, entre ma petite enfance et mes quatorze ans, et à la légende, je fus une légende. Comme tous les enfants.
Tu sais que c’est un de mes vieux rêves d’écrire un roman de chevalerie. Je crois cela faisable, même après l’Arioste, en introduisant un élément de terreur et de poésie qui lui manque.
La femme orientale est une machine, et rien de plus ; elle ne fait aucune différence entre un homme et un autre homme.
La périphrase ; la périparaphrase. Donc le ralenti dans l’accéléré, le frein de l’éclair.
Nous ne savons pas affronter l’insupportable sans avoir recours à quelque idéal ou poudre de perlimpinpin. Comment nous en vouloir ? Nous sommes tellement gauches, tellement imparfaits. Seules les fictions donnent du courage et aide à survivre.
Apprendre à nager quoi "Ah je sais nager". Personne ne peut nier que savoir nager c’est une conquête d’existence, c’est fondamental, vous comprenez moi je conquiers un élément, ca va pas de soi, conquérir un élément. C’est nager, c’est voler, voila tout ça c’est formidable. Bon qu’est-ce que ca veut dire ? Ben c’est tout simple, pas savoir nager c’est quoi ? c’est vraiment être à la merci de la rencontre avec une vague.
La neige est blanche, si et seulement si la neige est blanche.
À la sortie, présentations diverses. "Avec vous, on ne peut plus se présenter", me dit une jeune Américaine (je crois). Elle me fait comprendre qu’elle avait lu (avant moi, donc, elle arrivait des États-Unis) Moi, la psychanalyse où je laisse jouer, en anglais, le vocabulaire si difficile à traduire de la présentation, des présentations, des "introductions", etc. Comme j’insistais pour savoir son nom, elle m’a dit "Métaphysique" et s’est refusée à ajouter un seul mot. J’ai trouvé ce petit jeu assez fort et j’ai senti à travers l’insignifiante frivolité de l’échange qu’elle était allée assez loin (on m’a dit ensuite qu’elle était "germaniste")
Les pères ne sont même pas dignes du mépris de leurs enfants.
Quant au rayonnement de son œuvre il fut comme il se doit essentiellement posthume.
Il a simplement pris une option sur toutes nos idées.
Il apparaît maintenant que la véritable situation ne soit pas celle qui a été écrite dans les pages précédentes ; que la situation que je vis ne soit pas celle que je crois vivre.
Ce qui paraît n’est presque jamais la vérité.
J’ai rêvé de ce bordel de femmes aveugles que j’ai visité à Calcutta.
Jamais cour n’a eu tant de belles personnes et d’hommes admirablement bien faits, et il semblerait que la nature eût pris plaisirs à placer ce qu’elle donne de plus beau dans les plus grandes princesses et dans les plus grands princes.
Qui n’aurait en horreur de recommencer son enfance et ne préfèrerait mourir si le choix lui était donné ? Qui aurait à cœur de souhaiter de nouveau au terme de ses jours le renouvellement de sa chute ? Le recommencement de la Ruine du Paradis dans le Temps ? La scène du pêché originel ? La damnation de Dieu ?
Nous avons tous de ces légendes que nous subissons.
Des fois ça arrive au point que je dois entrer les doigts et retirer l’étron. Dur comme de la porcelaine, tu comprends c’est extrêmement douloureux.
je suis d’avis que ma vie privée ne regarde personne.
Il ne supportait pas son côté Marie-goes-to-sex-shop.
Gunnar annonce aux Huns qu’il ne leur dira où se trouve le trésor des Niflungen qu’à la condition qu’ils arrachent le cœur de Hogni, son frère. Ils s’exécutent (…) Et Gunnar leur dit qu’il est le seul maintenant à détenir le secret, qu’il n’a plus peur et qu’il ne dira rien.
Mettons de l’ordre dans toute cette absurdité européenne et par une sorte d’éclat de rire historique.
Au moment même où l’avant-scène est occupée par le discours qui oppose l’histoire qu’on enseigne et l’histoire secrète, le récit laisse apparaître sa propre trame secrète – visible, mais à peine dite, et qui ne sera vraiment compréhensible qu’au regard rétrospectif, dans un retour sur le passé.
Si l’on ne trouve pas surnaturel l’ordinaire, à quoi bon poursuivre ?
Tout ce qu’on souhaite n’arrive pas.
L’adolescence n’adore ni artiste ni œuvres mais seulement des alternatives à la famille.
Ce que j’écris n’est pas pour les petites filles /Dont on coupe le pain en tartines.
Cela commence comme ça et cela finit dans une petite maison qui sent le renfermé et la résignation.
Allons donc ! tous oisifs ! tous putains et tous souteneurs.
La morale et la langue sont réduites à leur plus simple expression, enfin !
Mieux vaut, comme je le fais ne pas quitter la condition des choses.
la marionnette peut mourir plusieurs fois, ressusciter, souffrir au delà de toute limite. Elle est capable d’exploits sexuels infinis. En ce sens elle est proche du conte de fées. Car le roman pornographique et le conte de fées se ressemblent beaucoup : ce qui les caractérise, c’est l’impossible.
Ce qui vient à l’esprit est d’abord bête.
Mais je n’ay maistre mon sieur, je vais où le vin me pousse.
Il est clair que le monde est purement parodique, c’est-à-dire que chaque chose qu’on regarde est la parodie d’une autre, ou encore la même chose sous une forme décevante.
Une fossette délicatement ironique dans la pâle joue virginale de l’auteur.
Nous coulerons nos doigts de rire et de gourde entre les dents glacées de la Belle-au-Bois-Dormant.
Je rusticise
Nous vivons en enfant des aventures incomplètes.
Il ment avec ardeur, ses yeux disent toute la jouissance qu’il y trouve.
Ce serait folie et inconséquence que de supposer que des choses qui n’ont encore jamais été accomplies puissent être accomplies sans recourir à des moyens jusqu’ici jamais employés.
Toute une société occulte de suicides ratés, et qui tous gardent le contact grâce à un système secret de correspondance. Qu’est-ce qu’ils peuvent bien se raconter ?
faillir et faire comme si. Faillir et faire avec.
je t’aime d’un amour amoureux
Je rentre, me déshabille et vous écris.
Reconnaître une faute, et une responsabilité signifie quitter la sphère de l’éthique pour pénétrer dans celle du droit.
Ce que nous jouons c’est une représentation de la guerre.
Je désirais seulement faire partie d’un monde souterrain où le soleil ne brillerait jamais, où l’on n’entendrait jamais de sérénade et jamais au grand jamais le moindre rire d’enfants.
Estimons les ivrognes pour leur pas mal assuré ; qui titube ne tue pas.
Je t’aime parce que je t’ai aimé.

mercredi 4 mai 2011

de quelques notes

Il faudrait que je fasse le tri des fiches laissées par Simon Melmoth.  Encore beaucoup qui restent à classer, dont son Paradis-cartes.


En attendant, en voici quelques unes :

— Un livre est un monde et la lecture est la tentative d'organisation de ce monde. On lit, on organise. En lisant on essaye de remettre en place le chaos du monde du livre.

— Je croyais apprendre à vivre, j'apprenais à lire.

— Deux dangers ne cessent de menacer la lecture : l'ordre & le désordre.

— On ne lit pas de la première à la dernière page : sauf peut-être les romans policiers. On parcourt le livre, à la recherche de points d'appui, de point d'accroche, qui vont permettre ensuite de réorganiser le livre, le monde, le monde du livre.

— Si on lit pour l'histoire, alors autant regarder un film.

— On peut aimer un livre pour un chapitre, pour un paragraphe, pour une phrase, voire pour un mot.

— "Les beaux livres sont écrits dans une sorte de langue étrangère." (Proust) / "Le poète parle une langue complètement inconnue, que chacun, et lui-même prend pour du grec ou du chaldéen."(Mandelstam)/ "Un style(...) c'est comme un étranger dans sa propre langue." (Deleuze)/ "J'appelle modernes ceux qui vivent toute langue comme étrangère, et doivent donc trouver une autre langue (...)" (Prigent)/ "Le style est une langue à l'intérieur de la langue, dont nul écrivain n'est pleinement conscient et moins encore le maître" (Fourcade)/ "Est écrivain celui pour qui le langage fait problème." (Barthes)/ "Toute oeuvre de valeur est un acte de révolte contre sa propre langue." (Kis)

— Tout lecteur est donc un traducteur : alors crayon et dictionnaire !

— Quand je lis je suis femme adultère, femme amoureuse, chevalier errant, super-héros, consul alcoolique, ami de Monelle, princesse aux petits seins....

— "J'ai fait la saison / Dans cette boite crânienne / Tes pensées, je les faisais miennes / T'accaparer, seulement t'accaparer"

mardi 14 décembre 2010

tout serait...


            Tout serait dans le mouvement : un moment – juste un moment où le mouvement est réussi, le mouvement parfait qui fige le moment en un moment sans mouvement : un moment qui par son mouvement arrête le mouvement. Un moment qui fige le mouvement : puis ensuite tout n’est que l’essai de retrouver ce mouvement, son retour dans sa répétition ; Jeter une cigarette par la fenêtre ; poser sa main sur une joue aimée ; fumer avec désinvolture (sans avoir l’air de rien) ; tourner sa tête vers celle qui ; remettre ses lunettes noires (celles qui donnent le style, lis-tu) ; lever sa tête au ciel, sous la pluie ; poser sa tête sur son épaule ; passer sa main dans ses cheveux ; allumer une cigarette ; pousser des miettes sur une nappe blanche ; tourner la tête ; remonter son pull ; ajuster sa cravate ; regarder l’autre, oui elle, oui lui, dans les yeux ; redresser son col de chemise ; prendre une cigarette ; glisser son regard vers ; tirer sur sa jupe ; … des moments qui viennent du mouvement, des mouvements qui sont des moments, des arrêts, des coupures.

mardi 12 octobre 2010

Le « Monde » selon Simon Melmoth


 à J.Y.

1
            A la mort de Simon Melmoth, j’ai eu en ma possession un certain nombre de ses papiers personnels. J’en ai classé une partie, j’ai mis en ordre ses fiches ; ce fut : L’ABC du Gothique. Parmi des feuilles volantes, il y avait un poème : « Le Monde », poème qui contient ce qu’il appelait le « Monde », avec une certaine ironie. Ce monde qui ne revient pas, que l’on tente toujours de rattraper, mais qui au final, s’échappe comme un lièvre dans son trou. Ce monde définitivement passé, que seul l’écriture réussit, parfois, à toucher du bout des doigts, si ce n’est du bout des lèvres.
            Ce poème, en vers, en alexandrin, très beau, je l’ai toujours aimé. Avant même qu’il ne s’appelle « Le Monde ».
            Souvent, mon ami, Simon Melmoth, me parlait de ce « Monde », de ce qu’il essayait, lui aussi, de toucher, d’effleurer, du bout des doigts, du bout des lèvres. Je pourrais presque dire qu’il en avait fait un quasi-concept. Il essaya lors de nombreuses soirées de m’expliquer ce qu’il entendait par « Monde ». Il murmurait ces mots, doucement[1].
2
            Une des questions qui intéressait profondément Simon Melmoth était la suivante : « Notre style est-il conditionné par le port ou non de lunettes noires ? »
Il se demandait dans une note en bas de page mentale si les lunettes de soleil et autres appareils de vision qui déforment à coup sûr notre concept de l’espace n’influençaient pas aussi le style de notre discours.
            Simon Melmoth était un gentleman de la nuit, un contrebandier, à sa façon, et ce qui l’intéressait était ce qui pouvait passer, de main en main, rien d’autre. Ce qu’il pouvait faire passer, de main en main, rien d’autre. Faire passer. En contrebandier. En gentleman de la nuit.
            Et ce « Monde», il essaya souvent de me le faire passer, en douce, doucement. De me le faire toucher, du bout des doigts, du bout des lèvres, du bout des yeux.
            « Te souviens-tu de quand nous étions légendaires ? De quand nous ne vivions pas la vraie vie ? De quand les arbres étaient si grands ? De quand les maisons étaient des châteaux ? De quand tout nous semblait si grands et que nous étions si petits ? De quand toi et moi nous étions une légende avant de devenir poésie, littérature ?»

Par légende, je veux dire que, lorsqu’on agit, on a l’air d’agir, on agit comme si on agissait.

            On en s’en souvient pas, ou si difficilement, alors on cherche par tous les moyens à le retrouver, ce temps, de quand. On triche, on ruse, on fraude, on passe en douce. On essaye encore et encore. On voudrait. Mais on n’y arrive pas, jamais complètement. Alors on prend des chemins de traverse, on essaye par un autre moyen, moins direct. On se dit que cette fois-ci, ça va être bon : on se fait faire un parfum sur mesure ; spécialement pour retrouver l’odeur du cuir de l’usine dans laquelle on se promenait en étant petit. On trempe des madeleines dans le thé, la tisane, le café. On écoute de vieux disques. On retourne sur des lieux. On triche aussi parfois, on ment, on se ment. On accepte les contrefaçons, les ersatz, les succédanés, les alibis. On se dit : « C’est mieux que rien. ». Mais au final, c’est rien, que dalle, du vent, peau de balle. Ce n’est rien. Nada. Alors on y retourne. On recommence. Encore et encore. Car, oui, on voudrait le toucher ce moment, cet instant.
3

            On dit : synesthésie : on pourrait tout aussi bien dire : « Monde ». C’est ça, le Monde, ce sont des correspondances, c’est rechercher ces correspondances, c’est essayer de trouver ce qui nous permettra de revenir en arrière, un instant, même fugace. 
            Lors d’une soirée, mon ami parlait avec une femme, et il lui dit : « Vous me rappelez quelqu’un : au toucher. » Elle rougit. Et lui était si heureux, non pas de la formule trouvée, purement langagière, mais du souvenir qui venait de le submerger, si fortement. Il savait qu’il venait de toucher, du bout des lèvres, ce « Monde». Il remit ses lunettes noires.
4
            Voilà le poème de Simon Melmoth :

Correspondances
«Le Monde»

La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles;
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

II est des parfums frais comme des chairs d'enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
- Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,

Ayant l'expansion des choses infinies,
Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,
Qui chantent les transports de l'esprit et des sens.


[1] Et sa façon de les dire, ces mots,  était bien loin de « L’horreur ! L’horreur !», dont certains ont fait, eux aussi, un quasi-concept, pour justifier le monde, la vie, la littérature. Simon Melmoth était trop doux et trop délicat pour s’enfermer dans cette conception du mal, de la vie ; bref de la littérature. Cela ne veut pas dire que mon ami était dans une béatitude infinie, dans un « monde sans carie », comme il aimait le répéter. « Je ne vis pas et ne veux pas vivre dans un monde sans carie. Je regarde aussi ce qui doit être regardé, en face. Je lis et j’apprécie ces romans qui montrent le Mal. Mais je n’arrive pas à comprendre ceux qui s’en gargarisent, ceux qui brandissent le Mal comme un étendard et s’y enveloppent pour paraître profond et intelligent. » Il était du côté du « oui » à la vie, au monde, à la littérature. « oui je veux bien Oui ». Il avait une véritable aversion pour tout ce qui était mortifère. Il aimait la réponse que Miguel de Unamuno, à l’Université de Salamanque, avait faite au général Millan Astray : « Je viens d’entendre le cri nécrophile « Vive la mort » qui sonne à mes oreilles comme « A mort la vie ! » »

vendredi 1 octobre 2010

Oui


tu sais tu devrais dire oui arrêter de te poser des questions et dire oui je ne sais pas pourquoi tu ne dis pas oui tout de suite sans plus te poser de questions sans plus te poser de question pas la peine dis oui car au fond de toi tu as envie tu as envie de dire oui mais tu sembles ne pas vouloir le dire oui tout de suite comme si cela serait honteux de dire oui sans avoir dit peut-être avant et je sais et tu sais que tu vas le dire oui alors dis-le là maintenant oui dis-le oui dis oui dis oui et laisse toi aller ce sera plus simple et puis plus rapide à quoi bon attendre que alors que oui c’est simple à dire oui oui encore et encore oui et oui un oui d’un soir ce n’est pas un engagement ce n’est pas un mariage non plus ce oui tu as juste à le dire ce oui ça ne va rien changer c’est un oui pour ce soir juste pour ce soir tu dis oui et c’est oui un oui avec un grand sourire un oui qui est un oui à la soirée à la vie de ce soir à la beauté des étoiles juste ça ce oui pas plus pas moins un oui qui enveloppe la beauté la nuit les étoiles toi et moi un oui à l’envie un oui pour s’envoler un oui de l’envie que tu as de dire oui et encore oui car tu aimes dire oui

mardi 4 mai 2010

l'inconnue...

à J.

De cette inconnue, adolescente, on ne sait rien : d’elle il ne reste qu’un masque mortuaire au sourire doux et étrange.

« une adolescente aux yeux clos, mais vivante par un sourire si délié, si fortuné, [...] qu'on eût pu croire qu'elle s'était noyée dans un instant d'extrême bonheur. »

On repêcha son corps dans la Seine à Paris. (On pourrait ici mettre la liste des ponts d’où elle aurait pu se jeter)

Elle était tellement belle qu’un employé de la morgue décida aussitôt de faire un moulage de son doux et beau visage.

« Le mouleur que je visite chaque jour a deux masques accrochés près de sa porte. Le visage de la jeune qui s'est noyée, que quelqu'un a copié à la morgue parce qu'il était beau, parce qu'il souriait toujours, parce que son sourire était si trompeur ; comme s'il savait. »

Et son léger sourire : aussi mystérieux que celui de la Joconde.

Et le succès fut garanti : elle devint le modèle de toute une génération de jeunes filles allemandes.

Une morte, au sourire si doux, qui devient un idéal érotique.

« cette jeune morte belle éternellement » 
(et pourtant, quand Aurélien vit Bérénice… )

Mais d’elle ? Que sait-on ? Que peut-on dire & raconter ? Rien, on ne sait rien… Alors, il faudrait inventer, mentir, raconter : notre besoin de fiction, de mensonge est-il si grand que nous ne puissions garder un secret, un mystère, sans vouloir le combler & l’enrober de fiction, d’histoire et de mensonge ?
N’est-il pas préférable de ne rien savoir et de ne rien raconter ? N’est-il pas souhaitable, pour une fois, de se retirer et de laisser l’inconnue de la Seine rester une inconnue ? Vouloir lui donner une histoire n’est-ce pas la tuer une seconde fois et lui ôter son sourire énigmatique de Joconde noyée ?

« Je crois que tu es la mort. »






















Albert Rudomine (1892-1975)
La Vierge inconnue du canal de l'Ourcq

1927
30 x 23,6 cm
Bibliothèque nationale de France, Département des Estampes et de la photographie, Ep-64-Fol.
Tous droits réservés. Courtesy Galerie Michelle Chomette, Paris

vendredi 30 avril 2010

On ne bouge pas...

Elle arrive à petits pas. Très doucement. Elle chancelle, soudain.

On ne bouge pas. On regarde. On laisse faire.

Elle s'agrippe comme elle peut sur le mur. Elle le frôle, le cajole semble-t-il.

On ne bouge pas. On la regarde. Rien d'autre à faire.

Elle arrache son collant. Elle est à la limite de pleurer.

On ne bouge pas. On la regarde faire. Que faire d'autre ?

Elle tombe sur le sol, le collant déchiré. Elle essaye (vainement) de se rétablir.

On ne bouge pas. On la regarde. Quoi faire ?

Elle passe ses mains sur son corps. Elle s'agrippe à elle-même, à défaut d'autres prises.

On ne bouge pas. On regarde faire, c'est tout.

Elle se tord. Elle se convulse.

On ne bouge pas. On regarde et on écoute son souffle.

Elle se relève. Elle se tient droite.

On ne bouge pas. On ne dit rien.

(la lumière s'éteint)

mercredi 28 avril 2010

Eloge du mensonge

"La vérité finit toujours par être une doctrine. Paradoxalement, le mensonge est la conquête la plus sublime de l'homme civilisé. Nous ne pourrions pas vivre sans lui. de la même manière, l'ironie et l'humour représentent une forme supérieure de traitement des émotions par rapport au tragédisme lyrique."
(Gilles Bardebette, L'invitation au mensonge)

jeudi 1 avril 2010

La légende...


Mon père et ma mère habitaient un château, au milieu des bois, sur la pente d’une colline.
Enfin, je dis un château, mais ce n’en était pas vraiment un : vous devriez lire plutôt lire : « Mon père et ma mère habitaient ce que je prenais, enfant, pour un château, avec deux arbres dans un petit jardin pentu et inutilisable. Un jardin dans lequel rien ne poussait, ni thym, ni laurier, ni basilic, ni héliotrope. Mon père n’y faisait pas de barbecue et il n’y eut jamais de table en plastique blanc. » Bien sûr tout cela je ne le voyais pas vraiment : le petit pavillon était un château, les deux arbres une forêt et le jardin pentu une colline. Cette maison était mon château.

Les quatre tours aux angles avaient des toits pointus recouverts d'écailles de plomb, et la base des murs s'appuyait sur les quartiers de rocs, qui dévalaient abruptement jusqu'au fond des douves. Les pavés de la cour étaient nets comme le dallage d'une église.

Ce n’était qu’une petite allée en graviers, assez large pour y garer une vieille voiture jaune.
Mais c’était un lieu de paix, tout n’y était que luxe et calme, tranquillité douce et tranquille.
Ma chambre était à côté de la salle d’armes, décorées d’étendards et de mufles de bêtes fauves, trophées des chasses de mon père, ce héros, maître du château. Il y avait aussi des frondes et des javelots, des braquemarts et des cottes de mailles.
Dans la cuisine, l’odeur de la broche qui tournait me saoulait de vapeurs grasses.

Pendant l’hiver, ce que j’aimais le plus, c’était, enveloppé dans ma pèlerine de renard, de regarder la neige tomber et recouvrir le domaine de Père d’un blanc manteau. C’était beau et apaisant. C’était simplement beau comme vie, à mon père, à ma mère et à moi dans ce château, au milieu des bois, sur la pente d’une colline.
Je pourrais, si j’en avais le temps et si je ne craignais pas de trop longues digressions, raconter les amours de mon père et de ma mère. Ma mère si belle.
Je la regardais de la fenêtre de ma chambre, fière et sérieuse, mais dans le jardin recouvert de neige, elle, avec son long manteau qui traînait à trois pas derrière elle. Elle n’était pas simplement belle, elle était la plus belle. Ma mère était une reine. Elle finissait par tourner la tête, sa si belle tête et de me regarder de ses si beaux yeux comme si j’étais un saint. Je savais qu’elle viendrait ce soir me lire une histoire, La Reine des Neiges, et qu’elle m’embrasserait sur le front, elle, la reine du château. Mon père viendrait la chercher et lui dirait qu’il était temps de se retrouver. Elle me caresserait la joue une dernière fois et elle rejoindrait mon père, ce héros, son héros, mon héros. Et moi, entre deux mondes, réalité et songe, je glissais de l’un à l’autre, doucement.
Mon père était un bon châtelain, un homme grand, droit et juste. Il m’apprit tout ce que je devais savoir sur les chevaux et sur les armes.
Mes parents me chérissaient et moi aussi je les chérissais.
Nous étions si heureux au sein de notre château, au milieu des bois, sur la pente d’une colline.
Ma mère me faisait les leçons – j’apprenais vite. Nous allions aussi dans le jardin et j’étudiais les fleurs avec ma mère, la reine.

On idéalise tout de notre enfance. Adulte nous ne nous souvenons pas, nous nous racontons notre vie. Se raconter son enfance, c’est se prouver que l’on est encore capable de faire une phrase, que ce qui nous tient au monde, la phrase, nous sommes encore capable de la bâtir, et que nous avons encore une prise sur le monde. Adieu les châteaux, bonjour les phrases. On falsifie tout, finalement, même, et surtout l’enfance que l’on a eue.

Ma mère me lisait la Reine des Neiges.

Les murs du château étaient faits de neige pulvérisée, les fenêtres et les portes de vents coupants, il y avait plus de cent salles formées par des tourbillons de neige. La plus grande s'étendait sur plusieurs lieues, toutes étaient éclairées de magnifiques aurores boréales, elles étaient grandes, vides, glacialement froides et étincelantes. 
Aucune gaieté ici, pas le plus petit bal d'ours où le vent aurait pu souffler et les ours blancs marcher sur leurs pattes de derrière en prenant des airs distingués. Pas la moindre partie de cartes amenant des disputes et des coups, pas la moindre invitation au café de ces demoiselles les renardes blanches, les salons de la Reine des Neiges étaient vides, grands et glacés. Les aurores boréales luisaient si vivement et si exactement que l'on pouvait prévoir le moment où elles seraient à leur apogée et celui où, au contraire, elles seraient à leur décrue la plus marquée. Au milieu de ces salles neigeuses, vides et sans fin, il y avait un lac gelé dont la glace était brisée en mille morceaux, mais en morceaux si identiques les uns aux autres que c'était une véritable merveille. Au centre trônait la Reine des Neiges quand elle était à la maison.

J’aimais quand on arrivait à ce passage du conte. J’aimais la Reine des Neiges.
Elle était d’une beauté qui fixait mon attention : un ovale parfait, des yeux d’un bleu pers, larges et bien fendus avec un éclat d’aigue-marine. Un nez délicat, légèrement relevé à la Roxane, une petite bouche, une peau liliale, des mains si fines. Grande, mince, des petits seins.
Et elle venait me visiter la nuit.
Elle entrait dans ma chambre, nue, elle se couchait à mes côtés et me branlait doucement. Puis s’en allait, en silence.
Ainsi passaient les jours et les semaines dans le château de mon père et de ma mère.
Je suivais mon père à la chasse : nous menions dans la campagne des chiens d'oysel, qui tombaient bien vite en arrêt. Alors des piqueurs, s'avançant pas à pas, étendaient avec précaution sur leurs corps impassibles un immense filet.
Un commandement les faisait aboyer, des cailles s'envolaient et les dames des alentours conviées avec leurs maris, les enfants, les camériéres, tout le monde se jetait dessus, et les prenait facilement.
D'autres fois, pour débûcher les lièvres, on battait du tambour ; des renards tombaient dans des fosses, ou bien un ressort, se débandant, attrapait un loup par le pied.
Mais je méprisai ces commodes artifices ; je préférais chasser loin du monde, avec mon cheval et son faucon. C'était presque toujours un grand tartaret de Scythie, blanc comme la neige. Son capuchon de cuir était surmonté d'un panache, des grelots d'or tremblaient à ses pieds bleus : et il se tenait ferme sur le bras de son maître pendant que le cheval galopait, et que les plaines se déroulaient. Julien, dénouant ses longes, le lâchait tout à coup ; la bête hardie montait droit dans l'air Comme une flèche ; et l'on voyait deux taches inégales tourner, se joindre, puis disparaître dans les hauteurs de l'azur. Le faucon ne tardait pas à descendre en déchirant quelque oiseau, et revenait se poser sur mon gantelet, les deux ailes frémissantes.
Je volai de cette manière le héron, le milan, la corneille et le vautour.
J’aimais, en sonnant de la trompe, à suivre ses chiens qui couraient sur le versant des collines, sautaient les ruisseaux, remontaient vers le bois ; et, quand le cerf commençait à gémir sous les morsures, je l'abattais prestement, puis me délectais à la furie des mâtins qui le dévoraient, coupé en pièces sur sa peau fumante.
Les jours de brume, je m'enfonçais dans un marais pour guetter les oies, les loutres et les halbrans.

J’accompagnais mon père au marché et l’aidais à vider le coffre de la voiture. Ma mère souvent râlait car mon père n’avait pas acheté ce qu’elle voulait. Pourtant, elle avait fait une liste.

lundi 29 mars 2010

Mémoires de Simon Melmoth (VI)

Je ne suis pas un héros :

Ce livre n’est pas celui que j’aurais dû écrire. Parce que cette vie ne fut pas celle que j’aurais pu vivre.

Peut-être ne passons-nous que quelques temps sur la Terre que pour en apprendre un peu sur la mythologie de ceux que nous aimons. Et pour la partager avec eux. En dehors de cela, pas de salut : rêver avec quelqu’un ou mourir seul, telle est l’alternative.

L’inexplicable honte d’être mal né, mal loti, mal aimé, l’enfant vient à se raconter une histoire qui n’est autre en fait qu’un arrangement de la sienne.
(un petit arrangement avec les morts, ou avec l'âge des possibles)

Un père au conditionnel passé, qui aurait pu, mais n’est pas.

Je veux croire du moins que les choses se sont passées ainsi.

Ou je réussis ça ou je n’aurai tout simplement pas vécu.


Tout homme a une seconde patrie où tout ce qu’il fait est innocent.


Je suis ce littérateur. Je suis ce maniaque. Mais je fus peut-être cet enfant.


Le cycle de douze mois était achevé, et je venais d'entrer dans ma seconde année - une année qui, à peine entamée allait être le théâtre d'un déchaînement de rêves au Château.
 


samedi 27 mars 2010

Mémoires de Simon Melmoth (V)

 
Et moi j'aime ça : Je parle, j'envoie, je cite, je répète, j'enclenche, je déboîte, j'enroule, je tape, je regarde, je cadre, je recadre, je décadre, je note, je ris, je lis, j'aime, j'écris, je vois, je découvre, je ris de nouveau, je me penche, j'observe, j'aligne, je grave, je ris. Pas besoin de machine à traitement de texte : je suis une machine à traitement de texte. Je vais à toute vitesse, je prends mon temps, j'ai tout mon temps : j'écris.

Mon monde est rempli de fantômes, je ne suis jamais seul. 

Je me dévoile : ici ; je me dissimule : ici.

Et le léopard, tout comme lui. 

Et je veux pourrir dans la littérature.

jeudi 25 mars 2010

Mémoires de Simon Melmoth (IV)

Pour écrire, j’ai besoin de ce papier jaunâtre, de ce stylo spécial (un Lamy rose ou un Pelikan), il me faut précisément cette lumière pâle qui tombe de ma gauche, il est inutile de me dire que tout stylo quel qu'il soit fera l'affaire et que tout papier comme toute lumière sont bons. Il ne vaut pas la peine de vivre sans cette chemise de lin céleste, je sens bien que je ne peux m'en sortir sans ces cigarettes à filtre blanc (7 étoiles), il ne sert à rien de me répéter qu'il n'y a là que des manies, et qu'il serait temps finalement, d'y mettre bon ordre. 

Il n’est d’autre amour que la passion de sa propre personne
et nul souvenir n’est plus beau n’est plus doux que le souvenir du souvenir.

Genium suum defraudare, frauder son propre génie, signifie en latin : s'empoisonner la vie, se faire du tort.


a rose is a rose is a rose
(toujours elle revient comme une ritournelle, cette phrase, car c’est une phrase qui tient le milieu entre le bar et la cathédrale.)

Féerie de montages.

mercredi 24 mars 2010

Mémoires de Simon Melmoth (III)


De ma vie, je n'aurai jamais rien su faire de particulièrement remarquable pour la gagner, ni pour la perdre.

Aujourd’hui, chacun est contraint, sous peine d’être condamné par contumace pour lèse-respectabilité, d’exercer une profession lucrative, et d’y faire preuve d’un zèle proche de l’enthousiasme. La partie adverse se contente de vivre modestement, et préfère profiter du temps ainsi gagné pour observer les autres et prendre du bon temps, mais leurs protestations ont des accents de bravade et de gasconnade. Il ne devrait pourtant pas en être ainsi. Cette prétendue oisiveté, qui ne consiste pas à ne rien faire, mais à faire beaucoup de choses qui échappent aux dogmes de la classe dominante, a tout autant voix au chapitre que le travail.

Ce qui ne change pas, c'est la volonté de changer.


Je voulais écrire quantité de poèmes aussi simplement que l’on écrit des chansons.

C'est la raison humaine qui a renversé toutes les illusions ; mais elle en porte elle-même le deuil, afin qu'on la console. C'est simple, je n'ai pas compris ce que j’aurais dû comprendre. Je n'ai pas été de mon temps, je ne suis pas de son temps et ne le serai jamais.

Le sérieux est une qualité pour ceux qui n'en ont pas d'autres.

Faire de la citation une écriture, ce serait donc écrire sans oublier (le savoir, comme l'on sait, est au contraire destiné par essence à l'oubli; et tout lecteur tant soit peu averti ne manquerait pas de voir dans ce désir frénétique de ne rien laisser perdre, la conviction — ou du moins le soupçon — que l'essentiel s'est déjà perdu) ; je m'imagine prendre de court la mort, en me bondant d'une information toujours plus contemporaine.

Ce n'est pas le mot qui fait la guerre, c'est la mort.

Et la mort n'aura pas d'empire
Les morts nus ne feront plus qu'un



Un autre jour, je reprendrai la fin de cette histoire. Mais sachez que ces mémoires ne vous feront pas grossir du pénis.

mardi 23 mars 2010

Mémoires de Simon Melmoth (II)

Je veux t'aimer d'un amour amoureux.

Il le lui a dit. Il lui a dit : Veux-tu ? Elle n'a dit ni oui ni non : c'est une fille avec un garçon.

Je veux te voir dans un film pornographique.

Je me demande en vérité ce que toi & moi
faisions avant de nous aimer ? n'étions nous sevrés ?


Elle m’aime, elle ne m’aime pas
Je trie mes mains

Une ville devient un univers lorsqu’on aime un seul de ses habitants.

Elle sourit, elle dit que c'est la première fois, qu'elle ne savait pas avant de vous rencontrer que l’amour pouvait se vivre si intensivement. 

La plupart d’entre nous préfèrent être celui qui aime. Car la stricte vérité, c’est que d’une façon profondément secrète, pour la plupart d’entre nous, être aimé est insupportable. Et pourtant, avec toi, ce n’est pas insupportable.

If you want to live, you love ; if you don't want to live, you hate, that's all.

Mémoires de Simon Melmoth (I)


Je suis Simon Melmoth, je me tiens sur le ressac BLABLA, devant moi la vieille Europe et ses décombres. BLABLA. Malheureux le pays qui a besoin de héros, pensé-je, en regardant la mer. Mais louons maintenant les grands hommes.
Il y a une musique : Sax Pax for a Sax.


Tout ce que je dis est vrai, mais qu’importe.
C’est le bonheur qui me rend heureux.

Mais je ne vais parler que de moi, Simon Melmoth, je laisse de côté ceux qui il y a quelques années vivaient en province, tournaient entre la folie et le suicide. Je ne vais pas parler de ceux qui se sont tués, qui sont morts dans leur lit, qui se sont étranglés avec leur cravate, qui se sont fait crever de débauche pour chasser l’ennui. Certes c’était beau ! Mais je ne vais pas en parler.

J’ai le souvenir des autres comme si j’étais leur mont-de-piété, je voudrais bien tout leur rendre gratis, seulement personne ne vient.

Je ne dirai pas du bien de l’époque, elle n’est pas plus malheureuse que les autre. Je rêve de l’époque suivante. Rêver est une nécessité biologique et je rêve pour les autres. 

La seule vie qui soit passionnante est la vie imaginaire.
Je veux oublier le monde réel et je vais décrire le monde réel.

Tout rêve ressemble à un chèque bancaire. 
Sa valeur dépend de celui qui le (ou la) reçoit.

I dream, I fall, it’s my life.
Je survis en mon château cependant.

(Les gens falsifient tout, ils falsifient jusqu'à l'enfance qu'ils ont eue.)

lundi 22 février 2010

On a beau...

On a beau relire le roman ; le jouer et le rejouer à chaque lecture. On lui redonne à chaque fois une chance ; à elle, à lui. Se dire que non, cette fois-ci, ils ne vont pas refaire la même erreur : et pourtant depuis 332 ans, non, décidément non, elle ne couche pas. On le voudrait bien ; allez, ne serait-ce qu'une fois, seulement une fois, uniquement pour nous ; mais non, depuis 332 ans, elle est, et reste la femme la plus fidèle.

(elle prend des cours de latin, mais quand son professeur lui fait conjuguer le verbe "aimer", elle ne le conjugue qu'au futur ; malicieuse)

"— Je suis votre confesseur et votre martyr.
— Et moi, je suis votre vierge."

samedi 20 février 2010

changer d'espace...

" Changer d'espace ; quitter celui de la narration et du récit - saturé, plein à craquer. Se déplacer vers celui du jeu : que je n'invente pas, que je ne découvre pas ; pas une nouvelle Amérique. Mais juste un endroit plus vaste, moins habité, dans lequel on peut encore bâtir une demeure, peut-être plus personnelle. 
Ne pas être dupe, non plus : tout comme il n'y a plus d'endroit inconnu sur Terre, il n'y a plus d'espace vierge pour l'écriture ; mais certains sont moins peuplés, moins fréquentés. 
L'espace du jeu ; devenir l'acteur d'une scénographie que je vais me créer, d'un jeu qui va se dérouler dans un espace multiple, imposant sa loi et je l'espère sa propre transgression... "

C'est ce que m'expliquait, un soir de février, Simon Melmoth.