Là je suis dans le train la « Flèche Rouge ».
Là je suis un anonyme triestin.
Là je suis sur la plage de Biarritz.
Là je suis au Rex, à Buenos Aires.
Là je suis cigarette aux lèvres et les mains derrière la tête.
Là je suis dans une gare, assis sur une valise.
Là je suis mains dans les poches, air sévère.
Là je suis mains dans le dos, souriant.
Là je suis trois fermiers qui s’en vont au bal.
Là je suis en Grèce, dernier voyage de couple.
Là je suis mains jointes sur le pommeau de la canne.
Là je suis trois révolutionnaires.
Là je suis bouche ouverte.
Là je suis cheveux gominés.
Là je suis papier en main.
Là je suis trois écrivains, sur le quai d’une gare, en train de rire.
Là je suis main sur la bouche, en train de réfléchir.
Là je suis avec les insignes de la Grande Gidouille.
Là je suis à Paris dans le quartier de Montmartre, polo retroussé.
Là je suis deux bohémiens, le regard perdu.
Là je suis invisible.
Là je suis perdu au milieu des photographies.
Là je suis un éditeur, fume cigarette de femme aux lèvres.
Là j’ai une longue barbe.
Là je suis à deux mains pour tenir la rambarde.
Là je suis à Salses.
Là je suis le cousin de Fragonard.
Là je suis le frère de Jean-Jacques Rousseau.
Là je suis Jack Spicer.
"If you want to live, you love ; if you don't want to live, you hate, that's all." (Louis Zukofski)
lundi 2 mars 2009
samedi 28 février 2009
E.S. à Tokyo.
C’était à Tokyo, vers six heures du matin. Sur la quai de la gare de Shinjuku, la Yamanote était prête à partir.
Des gens montaient, on se gênait ; on s’engouffrait.
Enfin le train partit.
Un jeune homme de 20 ans, cheveux longs, avait un livre dans la main gauche, de la main droite tenait la barre, et se laissait doucement porter par le rythme quasi-marin de la marche du train.
Il s’en retournait chez lui, après une nuit blanche. C’est grâce à un important héritage qu’il était ici. Il avait laissé ses études de droit, avait quitté la France et passait ses vacances, ici.
Chacun prenait sa place dans la voiture du train, chacun se posait, se calait pour se laisser aller, dormir aussi.
Il pensait à sa chambre qu’il allait bientôt rejoindre. Son lit dans lequel il allait se blottir.
A côté de lui, un robuste japonais, une quarantaine d’années, cheveux noirs et raides.
On ne se parlait pas. Personne ne parlait. Un lourd silence emplissait la voiture.
Une nouvelle station. On descendait, on montait.
Ce fut comme une apparition.
Il hésita à s’asseoir, laissa la place libérée. Il voulait continuer à la regarder.
Comme elle gardait la même attitude, il fit plusieurs tours de droite et de gauche pour dissimuler ses manœuvres.
Et il se planta tout à côté d’elle.
Jamais il n’avait vu une telle splendeur : peau blanche, séduction de la taille, finesse des doigts ; il en était tout électrisé.
Qui était–elle ?
A son poignet une chainette d’or, très fine, très délicate.
Elle ressemblait à un rêve.
Il l’aimait.
vendredi 27 février 2009
jeudi 26 février 2009
Polaroid
J'appelle polaroid ce qui n'est plus, mais que nous avons pourtant vu.
J'appelle polaroid cet instant fugace, beau comme l'amour et le bleu du ciel; qui est passé et qui ne reviendra pas.
J'appelle polaroid le présent avec toi.
dimanche 22 février 2009
Là je suis (IV)
Là je suis main sur le menton.
Là je suis mains dans le dos, au Collège de France.
Là je suis dans les bras de ma mère.
Là je suis dans mon bureau.
Là je suis allumant une cigarette, main gauche.
Là je suis en train de disparaître.
Là je suis dans mon bureau, encore, fumant, toujours.
Là je suis en Egypte.
Là je suis au milieu d'étudiants de mon séminaire.
Là je suis devant le tableau blanc, marqueur main gauche, cigarette aux lèvres, encore et toujours.
Là je suis en train de m'ennuyer, cigarette main gauche, à Milan.
Là je suis Place Tien an Men, mains dans le dos.
Là je suis au café Bonaparte, à Paris, riant avec mes amis.
Là je suis avec ma mère et mon demi-frère, ni mains dans le dos, ni en train de fumer.
dimanche 15 février 2009
"tu es amoureuse..."
Tu es amoureuse. Tu dis que tu es amoureuse. Tu es amoureuse et tu écris que tu es amoureuse. Tu penses à lui du soir au matin. Et tu sais que tu es amoureuse parce que tu penses à lui du matin au soir. Et tu sais que tu es amoureuse parce que ton cœur il bat fort quand tu penses à lui. Tu es amoureuse et tu écoutes ton cœur battre fort, bien fort, dans ta poitrine. Tu poses ta main sur ta poitrine pour sentir ton cœur battre fort, très fort. Tu penses à lui tout le temps, la main sur ta poitrine. Tu es amoureuse et tu as la posture de l’amour. Tu es amoureuse amourément.
Aimer verbe intransitif, parfois.
Aimer est tautologique. On aime aimer. On aime parce qu’on aime. L’amour est sans pourquoi. Voilà, c’est comme ça. Et tu n’y peux rien. Tu es amoureuse parce que tu es amoureuse. Tu aimes parce que tu aimes.
Tu aimes du soir au matin, tu aimes du matin au soir. C’est une nature, pas une fonction. C’est comme ça, c’est tout le temps. Quoi que tu fasses, tu es amoureuse. Tu penses à lui et tu es amoureuse. Simplement. Immédiatement. Profondément.
Tu es amoureuse et tu vois la beauté partout. Tu es amoureuse et le monde est différent. Le monde est ton monde quand tu es amoureuse.
Tu es amoureuse et c’est la première fois. Tu es amoureuse et ce n’est pas la première fois. Tu es amoureuse et ce n’est pas la dernière fois. Mais tu fais comme si c’était la dernière.
Tu es amoureuse mais tu ne veux pas ressembler à la Princesse de Clèves. Tu es amoureuse mais tu ne veux pas ressembler à Madame Bovary. Tu es amoureuse. Et c’est toi. Et ce n’est pas les autres. Les belles histoires, et les moins belles. Peu importe. Tu es amoureuse et c’est toi. Seulement toi. Etre toi et amoureuse.
Tu es amoureuse et tu te répètes. Etre amoureuse, c’est se redire, c’est le redire, encore et encore. Le mêmes mots. Les mêmes phrases. C’est une litanie. Douce.
Tu es amoureuse et tu désires. Embrasser, poser une main sur la joue.
Tu es amoureuse et le monde est si beau avec tes yeux d’amoureuse.
Est-il possible de ne pas être amoureuse, te demandes-tu, chaque fois que tu dis que tu es amoureuse, chaque fois que tu écris que tu es amoureuse.
A quoi ressemble le monde quand on n’est pas amoureuse ?
Quand tes yeux d’amoureuse cesseront de scintiller chaque fois que tu dis que tu es amoureuse, chaque fois que tu écris que tu es amoureuse, à quoi ressemblera le monde ?
lundi 9 février 2009
question
C'est quoi cette histoire ?
Comment ça a commencé ? Qu'est-ce qui a tout déclenché ?
On va faire comment ?
C'est quoi cette tour de l'Ouest ? C'est quoi cette tour du Sud ? c'est quoi cette tour du Nord ? C'est quoi cette tour de l'Est ? Et c'est quoi cette tour du Sud-Ouest ?
Ca va durer encore longtemps ?
C'est quoi là ?
C'est qui avec elle ?
On fait quoi maintenant ?
C'est qui cette putain de Reine des Neiges ?
Oui, c'est qui ?
jeudi 5 février 2009
we can be heroes
mercredi 28 janvier 2009
question - III
Dans quel coin de son corps lire la vérité ?
Où poser la langue de la vérité ? Où dire le vrai ? Où séparer le faux et le vrai, si entre les seins, les petits seins, d’une princesse de conte de fées ?
Car c’est là, oui là, que se trouve la vérité, la vérité entière, nue et détachée, désinvolte, comme sortie d’un bois, là, oui, là, entre les seins, les petits seins d’une princesse endormie.
samedi 24 janvier 2009
question
Comment penser ça ?
Elle m’a dit je panse tes plaies et moi j’ai compris je pense tes plaies, elle m’a dit qu’elle allait panser mes plaies et moi je me suis dit tiens c’est bizarre de penser des plaies, comment penser ça ?
Et je me suis dit elle devrait plutôt panser mes plaies ce serait plus utile en tout cas pour mes plaies même si je préfère qu’elle pense à moi. Elle voulait panser et elle a pansé, et moi je pensais qu’elle allait penser mais elle a pansé, sans penser, en professionnel.
Comment penser ça ? comment panser ça ?
Comment la panse pense en pensant, en pansant ?
Et si je pense, je panse aussi ?
Et si je panse, est-ce que je pense ?
Que fais-tu quand tu panses ? penses-tu à moi ? penses-tu à ça ?
Pansons-nous quand nous pensons ?
La pensée est-elle un pansement ?
Comment penser ça ? comment panser ça ?
Comment la panse pense en pensant, en pansant ?
Et si je pense, je panse aussi ?
Et si je panse, est-ce que je pense ?
Que fais-tu quand tu panses ? penses-tu à moi ? penses-tu à ça ?
Pansons-nous quand nous pensons ?
La pensée est-elle un pansement ?
vendredi 23 janvier 2009
jeudi 22 janvier 2009
blanche-neige
Blanche-Neige a des petits seins. La Belle au Bois Dormant, aussi. Cendrillon, n’en parlons pas. Les héroïnes de contes de fées ont des petits seins, c’est une certitude.
Je dis « des petits seins », il faut comprendre « des petits seins adorables». Si adorables que l’on veut y poser délicatement les mains, les lèvres, la langue. Ça va commencer ainsi. Par une main qui se pose délicatement sur des petits seins. Par mégarde ma langue touche le petit sein.
samedi 10 janvier 2009
mardi 6 janvier 2009
comme une évidence...
Comme une évidence, certaines chansons s'imposent à nous. Bashung et "La nuit je mens", par exemple, et celle-ci, de Joseph d'Anvers qui passe en boucle, et dans mon Ipod, et sur la platine.
Inscription à :
Articles (Atom)



