samedi 20 février 2010

changer d'espace...

" Changer d'espace ; quitter celui de la narration et du récit - saturé, plein à craquer. Se déplacer vers celui du jeu : que je n'invente pas, que je ne découvre pas ; pas une nouvelle Amérique. Mais juste un endroit plus vaste, moins habité, dans lequel on peut encore bâtir une demeure, peut-être plus personnelle. 
Ne pas être dupe, non plus : tout comme il n'y a plus d'endroit inconnu sur Terre, il n'y a plus d'espace vierge pour l'écriture ; mais certains sont moins peuplés, moins fréquentés. 
L'espace du jeu ; devenir l'acteur d'une scénographie que je vais me créer, d'un jeu qui va se dérouler dans un espace multiple, imposant sa loi et je l'espère sa propre transgression... "

C'est ce que m'expliquait, un soir de février, Simon Melmoth.

mardi 16 février 2010

we can be heroes

 



Carson McCullers

(1917-1967)







« La plupart d’entre nous préfèrent être celui qui aime. Car la stricte vérité, c’est que d’une façon profondément secrète, pour la plupart d’entre nous, être aimé est insupportable. »


La Ballade du café triste

dimanche 14 février 2010

lecture

 



"(...) c'est d'abord cela que veut dire le mot totalitaire : ne pas supporter l'inachèvement, ne pas supporter l'ouverture de la communauté à ce qu'elle ne peut pas réaliser. Ou si vous préférez, c'est aussi bien toute la question du mot de passe : "si tu connais le mot de passe, tu entres, si tu ne le connais pas, tu n'entres pas."C'est ce fonctionnement-là qui est véritablement l'ennemi, et qui doit être aboli. Le mot de passe c'est une sur-substantification du nom qui tire le langage hors de lui. C'est pour cela que la littérature est au fond le seul bon modèle politique dont on dispose : parce qu'elle récuse dès le départ le mot de passe, parce qu'elle n'a de sens qu'à ouvrir le langage.

La littérature, et pas l'art ?

Si, l'art aussi, évidemment. Mais pas n'importe quel art (et pas n'importe quelle littérature non plus). Prenez la dernière polémique au sujet de l'exposition de Jeff Kons à Versailles, mais c'était misérable. Nous faire croire qu'en face d'une droite catholique coincée existerait une avant-garde ouverte et dérangeante que cet homme-là représenterait, mais c'est une farce. Qui se continue avec l'artiste suivant : nous faire croire que la refonte d'un carrosse relooké origami dans la cour de Versailles puisse avoir un quelconque rapport avec l'avant-garde ou, plus simplement, avec la pensée, la pensée de l'art, c'est de la manipulation pure et simple. On n'a affaire ici qu'à deux petits camps réactionnaires qui fonctionnent l'un comme l'autre au mot de passe : d'un côté l'éternelle crétinerie de la bourgeoisie de province, si vous voulez, mais de l'autre des artistes et des ministres qui sont les pires larbins du capitalisme, ou d'un nouvel art de cour."

extrait de l'entretien de Jean-Christophe Bailly dans le numéro 50 de la revue Vacarme.

samedi 13 février 2010

we can be heroes

Vladimir Maïakovki
(1893-1930)
I]
Elle m’aime, elle ne m’aime pas
Je trie mes mains
Et j’ai cassé mes doigts.
Alors les premières têtes des marguerites
Secouées d’une chiquenaude
sont cueillies et sans doute
éparpillées en mai
que mes cheveux gris se révèlent
sous la coupe et la douche
que l’argent des années nous enserre éternellement !
honteuse sensation banale- sentiment que j’espère
que je jure
jamais elle ne reviendra vers moi.
[II]
C’est bientôt deux heures
Pas de doute tu dois déjà dormir
Dans la nuit
La voix lactée avec ses filigranes d’argent
Je ne suis pas pressé
Et rien en moi
Ne veille ni ne t’accable de télégrammes
[III]
La mer va pleurer
La mer va dormir
Comme ils disent.
L’incident s’est cassé la gueule.
Le bateau de l’amour de la vie
S’est brisé sur les rochers du quotidien trivial
Toi et moi sommes quittes ;
pas la peine de ressasser
Les injures de chacun
Les ennuis
Et les chagrins
[IV]
Tu vois,
En ce monde tous ces sommeils paisibles,
La nuit doit au ciel
Avec ses constellations d’argent
En une si belle heure que celle-ci
Quelqu’un alors s’élève et parle
Aux ères de l’histoire
Et à la création du monde.
[V]
Je connais le pouvoir des mots ; je connais le tocsin des mots
Ce n’est pas le genre que les boîtes applaudissent
De tels mots des cercueils peuvent jaillir de terre
Et iront s’étalant avec leurs quatre pieds en chêne ;
Parfois ils vous rejettent, pas de publication, pas d’édition.
Mais les mots sacro-saints qui vous étouffent continuent à galoper au dehors.
Vois comme le siècle nous cerne et tente de ramper
Pour lécher les mains calleuses de la poésie.
Je connais le pouvoir des mots. Comme broutilles qui tombent
Tels des pétales à côté de la piste de danse rehaussée.
Mais l’homme avec son âme, ses lèvres, ses os…

mardi 9 février 2010

bandit

 

"Elle sourit, elle dit que c'est la première fois, qu'elle ne savait pas avant de vous rencontrer que la mort pouvait se vivre."

lundi 1 février 2010

bandit



"faire de la citation une écriture, ce serait donc écrire sans oublier (le savoir, comme l'on sait, est au contraire destiné par essence à l'oubli; et tout lecteur tant soit peu averti ne manquerait pas de voir dans ce désir frénétique de ne rien laisser perdre, la conviction — ou du moins le soupçon — que l'essentiel s'est déjà perdu): le camp s'imagine prendre de court la mort, en se bondant d'une information toujours plus contemporaine." (Patrick Mauriès, Second Manifeste Camp)

on peut écouter un extrait : ici

et merci à V.S.

samedi 30 janvier 2010

bandit



"Nous étions, il y a quelques années, en province, une pléiade de jeunes drôles qui vivions dans un étrange monde, je vous assure. Nous tournions entre la folie et le suicide. Il y en a qui se sont tués, d’autres qui sont morts dans leur lit, un qui s’est étranglé avec sa cravate, plusieurs qui se sont fait crever de débauche pour chasser l’ennui. C’était beau ! (...) Si jamais je sais écrire, je pourrai faire un livre sur cette jeunesse inconnue qui poussait à l’ombre dans la retraite, comme des champignons gonflés d’ennui."

jeudi 28 janvier 2010

remake

Un soir, je faisais remarquer à Simon Melmoth que le remake n'était pas chose courante en littérature : le vrai remake, pas simplement la réécriture ou la reprise de certaines scènes. Non, le vrai remake, celui qui reprend toute l'histoire, tous les personnages, mais les remet au goût du jour, sous une forme plus contemporaine, pour le meilleur et pour le pire. J'avais en tête Les Choses de Georges Perec, Ulysse de Joyce, et c'était un peu tout, selon moi.
Il était d'accord puis me dit : " Peut-être que les traductions sont des remake littéraires après tout. Quand on traduit un roman américain en français, peut-être en fait-on alors le remake français."

mercredi 20 janvier 2010

we can be heroes



Ernst Bloch
(1885-1977)

Parce qu'il préconisait la chanson Jenny la fiancée du pirate comme Hymne national, car c'est une musique qui tient le milieu entre le bar et la cathédrale.



lundi 11 janvier 2010

bandit





"Qu'on ne s'y trompe pas : ce vêtement noir que portent les hommes de notre temps est un symbole terrible ; pour en venir là, il a fallu que les armures tombassent pièce à pièce et les broderies fleur à fleur. C'est la raison humaine qui a renversé toutes les illusions ; mais elle en porte elle-même le deuil, afin qu'on la console."

samedi 9 janvier 2010

we can be heroes



C’est le genre de destin qui fabrique les mythes.

Et pas qu’un seul :

Il y a celui qui s’essaie au cut-up,

qui se drogue à Istanbul, traduit Bukowski

et qui meurt écrasé par un camion.

Il y a celui qui traîne dans les bas fonds à Hambourg

et qui succombe à un cancer.

Il y a celui qui s’occupe de faire connaître les auteurs de la Beat Generation

— Burroughs, Giorno, Barthelme, O’Hara,

et qui est renversé par une voiture car il a oublié qu’à Londres, on roule à gauche.

Et celui qui se suicide dans un asile psychiatrique.

Et celui qui…

Ainsi se fabriquent les mythes.



Il dit :

« Ecrire quantité de poèmes aussi simplement que l’on écrit des chansons. »

(le rêve Bob Dylan)

Mais il ne sait pas jouer de la guitare, seulement de la machine à écrire.

Il publie des nouvelles,

fait des collages,

écrit un roman,

des pièces radiophoniques,

et de nombreux recueils de poésies.

(Le rythme / Les ruptures / les répétitions d’un refrain )

Et il fera un voyage à Rome.



(veuillez lui pardonner d’être né…)

jeudi 7 janvier 2010

le livre de l'année, selon Simon Melmoth.





« Il y avait de l’amour dans l’air, alors nous avons tous les deux traversé l’amour en avançant vers le carrefour. On le respirait à pleine bouche, surtout moi : l’air était aussi chargé d’odeurs et d’oiseaux, mais c’était bien l’amour, j’en suis certain, qui s’engouffrait dans mes poumons. »

samedi 2 janvier 2010

we can be heroes



William Carlos Williams
(1883-1963)

Nulle défaite n’est seulement faite de défaite – puisque
       le monde qu’elle révèle est un territoire
                dont on n’avait jamais
                               soupçonné l’existence. Un monde
        perdu,
                un monde impensable
                               nous attire vers d’autres territoires
        et nulle pureté (perdue) n’est plus pure que le
        souvenir de la pureté .