mardi 21 juin 2011

Monsieur & Madame Jules - greffe(IX)


Et Madame Jules d’admettre que parfois, oui, elle pense à un autre, elle veut qu’un autre que Monsieur Jules ne vienne en elle. À quoi penses-tu ? à toi, je pense à toi. Mais ce toi est-ce toujours toi, Monsieur Jules, mon mari, mon amant ? Non, pas toujours. Qui est-ce toi ? Personne et tout le monde. Pas de visage, pas de nom, pas de voix ; juste un autre. Personne. Quelqu’un. Nobody. Ou si, juste un corps. Juste un corps, sans visage, sans nom, sans voix. Une ombre. Un phantôme, un phantasme. Personne et tout le monde. Un phantasme, un phantôme. Sans voix, sans nom, sans visage. Personne et tout le monde. Il a toujours été là, ce phantôme, ce phantasme. Il a pris une voix, un nom, un visage, quand elle a rencontré Monsieur Jules. Le phantôme est devenu fantôme, le phantasme est devenu fantasme. Le corps du phantasme a pris la voix, le nom, le visage du fantasme Monsieur Jules. Mais elle le sait, Madame Jules, qu’il n’est pas parti pour autant son phantôme, et que ce corps, sans voix, sans nom, sans visage, revient parfois la visiter, la nuit, le jour, et lui rappeler, que toi c’est aussi lui. Dans le secret, il y a un secret qui cache un autre secret, qui se pose sur un autre secret. À quoi penses-tu ? à toi je pense à toi. C’est dire aussi que toi ce n’est pas toujours toi. C’est cacher le phantôme qui est toi, toi, toi, toi, oui toi, oui toi. Et quand je te serre dans mes bras, mon fantôme, Monsieur Jules, mon mari, mon amant, je pense au phantôme. Et quand je vois le phantôme, je te veux toi, mon fantôme, mon fantasme, mon rêve, mon amour.