mercredi 16 mars 2011

Monsieur & Madame Jules - greffe(I)

Comme il aime l’entendre parler et dire ces mots, si simples, si beaux dans sa bouche. Combien d’enchantements ne prodigue pas au cœur d’un poète le timbre harmonieux d’une voix douce ? combien d’idées elle y réveille ! quelle fraîcheur elle y répand ! L’amour est dans la voix avant d’être avoué par le regard. Avant de saisir le sens des mots, c’est le son des mots, de ces mots, de ses mots, qui arrivent à ses oreilles, qu’il aime, Monsieur Jules. L’amour de Madame Jules est dans sa voix, dans le son de sa voix. Elle a cette voix d’argent, qui, douce à l’oreille n’est éclatante que pour le cœur qu’elle touche et remue, qu’elle caresse et bouleverse. Elle aussi, Madame Jules, aime le son de la voix de Monsieur Jules, son mari, son amant, elle aime sa façon de dire je t’aime, elle aime sa façon de bouger ses lèvres pour dire je t’aime, elle aime sa façon si particulière de dire je t’aime, elle aime que son je t’aime traîne un petit peu, qu’il ait un accent doux et profond, elle aime ses je t’aime, elle aime ces je t’aime, elle aime que le son des je t’aime de Monsieur Jules, son mari, son amant, soit le son particulier et unique de sa voix quand elle dit je t’aime, quand il dit je t’aime. Elle a l’impression, Madame Jules, que les mots qui sortent de la bouche de Monsieur Jules, son mari, son amant, ont une existence particulière, qu’ils prennent chair en sortant de la bouche de Monsieur Jules, son mari, son amant, et vont se poser comme des caresses sur ses lèvres, à elle, Madame Jules, sur ses joues, à elle, Madame Jules, sur ses épaules, à elle, Madame Jules, sur ses seins, à elle, Madame Jules, sur son ventre, à elle, Madame Jules, sur son sexe, à elle, Madame Jules.